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H-Coup de projecteur
Des livres à ne pas oublier

Balades avec Edmond Rocher

Chantre de la vallée du Loir

 
  
   Edmond Rocher est amoureux de la vallée du Loir et toute son oeuvre en témoigne. Il s'en explique, notamment, dans À l'Ombre de Ronsard, titre ô combien symbolique :

   Nous aimons notre Vendômois et son Loir, parce qu'en leurs décors familiers s'émerveilla notre enfance et parce que, sur les rives herbeuses de la belle rivière, le premier et le plus grand prince des poètes nous y précéda, suivi de son cortège d'immortelles amours, il y a près de quatre cents ans.
   C'est donc toute notre jeunesse que nous y retrouvons, dressée à chaque pas, avec le souvenir de ses jeux, de ses rêves, par quoi se formèrent les ébauches d'un monde merveilleux qui est devenu le nôtre : le paradis du poète.


    C'est au bord du Loir que jaillissent et se gravent dans la mémoire, pour toute une vie, des images simples, échappant à la ronde des siècles, contemplées avec le même ravissement par Ronsard voici quatre siècles, par Edmond Rocher au siècle dernier, par le promeneur ou le pêcheur du XXIe siècle... Une chaîne de sensations et d'émotions qui défie le temps : 

Est-il, à votre connaissance, de plus fraîches, de plus surprenantes impressions que celles qui se dégagent des bords d'une rivière par une aurore d'été ?
  
Des brumes voyageuses effleurent l'eau calme où l'or rose des premiers rayons se joue à travers elles, ce pendant que des arabesques de brise les tourmentent, les déchirent et les dissipent en brusques envolées.
  
Un vol criard de poules d'eau flagelle la surface unie ; une loutre plonge et disperse la faune aquatique ; un brochet vorace hache, d'un coup de gueule brutal, l'air, l'eau et l'ablette qu'il poursuit ; et le martin-pêcheur, effrayé, fait palpiter d'un bord à l'autre, son étincelant vol bleu.
   Être seul à vivre dans cette atmosphère matinale, enregistrer les délicatesses surprenantes de ces heures de douce lumière sur la nature, frémir à tous les bruits déterminés ou vagues qui accompagnent la vie de l'eau, aspirer l'air chargé de parfums multiples et s'en griser, n'est-ce pas, en marge de la vie âpre qu'il faut subir, l'heure édénique rêvée par toute âme lyrique ? 


     Ronsard émaillait ses descriptions de la nature vendômoise de termes du parler de son temps, utilisés par tous, gentilhommes, bourgeois ou manants ou paysans. S'il pêchait la truite dans le Loir, il n'accrochait pas un lombric au bout de son hameçon, mais une âchée à son haim. Ces mots français, venus de très loin (parfois du latin) mais tombés en désuétude, font la richesse de ce parler vendômois quasi éteint. Edmond Rocher en appréciait toute la saveur et en ornait aussi ses vers :


    Je te dirai, mon Loir, en langue vendômoise.
    En ces vieux mots qu'en vers de Ronsard entrecroise,
   Pour qu'au long de ton cours alenti les pilets
   Brancillent du panache et crient les oiselets ;
 
   
Pour que la mariée en vezonnant rutile
   
Entre les joncs en tasse et les flammes mobiles.
   
Je dirai ton murmure avenant et disert,
   
Les nénuphars béats sur leurs napperons verts,
   Et la vie en gaieté de tes îles jolies
   Qu'étreignent les raidiers mouvants, toutes remplies
   D'ombelles et d'odeurs, d'ailes et de chansons,
   De trognes et d'aulne où vont se musser les poissons
    [...]



   
    
   Petit lexique
  Branciller : balancer
  Vezonner : ronfler
  Tasse : touffe
  Se musser : se cacher (pour les autres, à vos glossaires !)
   Œil de peintre, regard de poète, Edmond Rocher, comme avant lui Ronsard, sait capter les instantanés éternels du spectacle de la nature : 

    Le clapotis riait mystérieusement
   
Dans le dernier élan des rames assouplies
   La barque abandonnée arrivait doucement
   Avec la grâce d'un grand cygne qui s'ennuie
   Vers le jardin mouvant et frais de nénuphars.
   Les larges fleurs d'argent, parmi les feuilles rondes,
   Mettaient dans le reflet des peupliers épars
   La brutale splendeur de leurs coupes profondes.

   L'élan mourut, frôlant ce rêve lilial.

   Des pans d'azur dormaient sur l'onde ensoleillée.
   Des poissons onduleux, aux reflets de métal,
   Passaient et repassaient sous d'étranges feuillées
   Et tout était tranquille et beau dans le matin.
  
[...]
 

    Ronsard apostrophait les bûcherons qui abattaient les arbres de la forêt de Gâtines et assassinaient les nymphes qu'ils abritaient. De même, Edmond Rocher s'indigne de voir "son" Loir soumis à une pêche excessive :



    On te dépeuple, ô ma rivière.
   
Des engins écument tes eaux,
  
Des hommes fauchent les roseaux,
   Chassant ta faune familière...
   Et nasses, verveux et fourrés
   Captent en leur réseau serré
   Toute la race poissonnière.
   
[...]
   On te dépeuple, ô mon cher Loir !
   Par la chaux vive et la grenade.
   La perche, au bas de la cascade,
   Ne montre plus son museau noir
   Et le doux pêcheur à la ligne
   Devant tout ce ravage indigne,
   Se détourne avec désespoir.
  



    La vallée du Loir a éveillé et accompagné les premiers émois poétiques d'Edmond Rocher. Fidèle à sa Muse, c'est encore sur ses rives qu'il souhaitait vivre ses dernières rêveries, comme il l'a si délicatement écrit dans son poème La sagesse du soir :
    Avoir une maison rustique près du Loir,
   Deux peupliers chanteurs sur la berge fleurie,
   Une barque amarrée au bord de la prairie,
   Sur le rêve de l'eau que brise un déversoir.

   Vivre de leur beauté tranquille et chaque soir
   S'endormir en songeant que jamais n'est tarie
   La source où va puiser l'aimable rêverie.
   De l'aube au crépuscule et sous la lune avoir

   Rêveuse à ses côtés une muse fidèle
   Qui, simple en discours, tendrement vous révèle
   La magique splendeur des jours et des saisons ;
   S'enivrer au bonheur de louer la nature
   En dédiant ses vers à tous les horizons
   Avant que de passer la sinistre clôture

   C'est parer son déclin de nobles floraisons.