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Éclats de vers, éclats de voix
Ronsard en ses provinces
COLLECTIF

Bonne page 2

   Extrait de Ronsard et les monstres, par Michel DASSONVILLE

   La représentation du monde que se font les hommes de la Renaissance ne provient pas seulement du fait que leur sensibilité est exacerbée et que les émotions les dominent : la peur mais aussi la tristesse, la joie et la colère. C'est aussi que leurs sens les trompent. Et tout particulièrement le sens de la vue. Les textes nous révèlent qu'ils ont l'ouïe et l'odorat bien plus développés que les nôtres. Or la vue est le sens intellectuel par excellence : Descartes, cinquante ans après eux, établira les principes de la certitude sur des idées claires et distinctes, deux mots qui relèvent du vocabulaire de la vue. Et nous-mêmes que ferions-nous, que verrions-nous sans lunettes ?

   Le cas de Ronsard est, à cet égard, très significatif. En sa jeunesse studieuse sous la férule de Dorat, de 1544 à 1549-1550, il lisait tard la nuit et éveillait son camarade, Jean-Antoine de  Baïf, de sorte qu'ils n'éteignaient pas la chandelle. Lire jusqu'à deux ou trois heures du matin, à la lumière de la chandelle, des textes grecs... Voilà qui devait abîmer les yeux ! Aussi n'est-il pas étonnant d'apprendre, par exemple, qu'un ou deux ans plus tard, errant sur les bords du Loir dans la brume du petit jour, il croit tout à coup voir apparaître Cassandre faisant une promenade à cheval et, comme elle tourne bride et s'enfuit, il dit avoir vu un centaure... Qu'on lise par ailleurs Le Folastrissime voiage d'Hercueil et on découvre la description  

   D'un scadron de papillons ;

   Leurs ailes de couleurs maintes

   Sont dépeintes.

   Leur front en deux traits se fend,

   Et leur bouche bien petite

   Contr'imite

   Le muffle d'un éléphant.

                  [Pléiade II, 828]

   Description qui révèle, à n'en pas douter, la myopie de l'observateur. Nous retrouverons bien d'autres insectes prenant ainsi des dimensions monstrueuses. Convenons seulement pour l'instant que Ronsard, comme ses contemporains, était un homme de plein-vent, un de ces hommes qui dans leurs cités même, retrouvaient la campagne, ses bêtes et ses plantes, ses odeurs et ses bruits. Des hommes de plein air, voyant et sentant aussi, humant, écoutant, palpant, aspirant la nature par tous leurs sens [L. Febvre] mais soumis à leurs sens affectifs bien plus souvent qu'à la vue.

 


Prix de vente public : 25,00 € TTC