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Histoire d’un prieuré : Croixval
Jean-Jacques LOISEL et Marie-Françoise HELLEC

Bonne page

Extrait, p. 41 : Fin de vie à Croixval

Croixval    C’est le 30 octobre que Galland arriva à Saint-Gilles [de Montoire] où Ronsard venait de se retirer. Quand il vit sa « seconde âme » entrer dans sa chambre, il pleura… Le supérieur de Boncourt ne put trouver ses mots : entre ces deux esprits, la parole, fût-elle vers ou prose, n’était plus de mise. La fête de Toussaint passée, les deux hommes regagnèrent Croixval. Étonnant tropisme qui, sans cesse, ramenait cet homme vers le modeste prieuré où il espérait trouver une vie ou une mort sereines.
    Ronsard ne rencontra à Croixval que la souffrance, torture physique d’autant plus insoutenable qu’elle s’accompagnait d’interminables insomnies, alors que l’esprit conservait une totale lucidité. Dormir, pour interrompre, quelques heures durant, le terrible et ultime face à face avec soi-même, tel est l’espoir constamment déçu malgré les médications :
    « Les nuicts ensuivantes esquelles il ne pouvoit dormir, quelques remèdes qu’il eust éprouvé, ayant usé de pavot en diverses façons, tantost de la fueille crüe, puis cuite, tantost de la graine, et de l’huyle que l’on en tire, il continua à faire quelques stances et jusques à quatre sonets, lesquels au matin il recitoit au sieur Galland, pour les escrire, ayant la mémoire et la vivacité de l’esprit si entières qu’elles ne sembloient se sentir de la foiblesse du corps » [Claude Binet].
    Le pavot était impuissant et Ronsard, dans sa chambre, au premier étage du prieuré de Croixval, demeurait seul devant sa mort, les yeux grands ouverts de l’aube à l’aurore :
                         Ah ! Longues Nuicts d’hyver, de ma vie bourrelles
                         Donnez-moy patience et me laissez dormir !
                         Vostre nom seulement et suer et fremir
                         Me fait par tout le corps, tant vous m’estes cruelles.
    (…)