Le livre, la culture, l'histoire
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Histoire d’un prieuré : Croixval
Jean-Jacques LOISEL et Marie-Françoise HELLEC

Bonne page 2

   Conclusion [extrait]

   Voici 400 ans s'éteignait dans la souffrance le plus grand poète français du XVIe siècle. Voilà plus de 800 ans naissait un obscur établissement religieux, à portée de hurlement des loups de Gâtines. Le mariage de l'homme et de la pierre dura deux petites décennies, effleurements fugaces d'abord, puis attouchements prolongés jusqu'à l'osmose : Ronsard est dans Croixval, Croixval est dans Ronsard. Une poignée d'années où le poète a fait fleurir et fructifier dans un lumineux été littéraire la fibre vendômoise. Croixval a été le lieu des grands face-à-face : avec la vanité de l'ambition lorsque la cour inconstante détourna les yeux, avec la fragilité du sentiment lorsqu'une femme aimée détourna les yeux, avec la finalité de la vie lorsque la mort fixa le "gentilhomme vandosmois" dans les yeux.

   Une poignée d'années où le prieuré a scellé son destin de monument historique. Croixval a survécu à l'illustre occupant, a connu d'autres bénéficiaires et propriétaires, s'en allant de génération en génération, de classe sociale en classe sociale, nobles, bourgeois, paysans. Toutes les grandes fluctuations de l'histoire y ont laissé quelque empreinte, voire une ride de-ci de-là. Le visage s'est modifié au gré des modes et des nécessités, laissant leurs blessures ou cicatrices éparpillées sur les façades. Croixval est si vieux, pensez donc, plus de huit siècles !

   Croixval est vieux comme le fut Ronsard lorsqu'il y vécut ses ultimes plaisirs, ses dernières souffrances. Le bâtiment est aujourd'hui "décharné" et "dépoulpé" comme l'était son maître en 1585. Ronsard, sous le masque de la vieillesse, était encore poésie et beauté de l'esprit. Croixval, tout buriné et dégradé dans ses architectures, est encore poésie et charme : le visiteur disponible, l'attentif comme le distrait, se laissera prendre à leur subtilité et finira par succomber (...)