Le livre, la culture, l'histoire
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La comédie humaine vendômoise au temps de Balzac
Jean-Jacques LOISEL

Bonne page

Mise en perspective de Pierre BARBÉRIS [extrait]

   Vendôme (mais mieux vaudrait « Vendôme » ou encore Vendôme) est un lieu mythique, « né » en 1832 dans le premier « Louis Lambert », et repris, sous le nom de Pont-de-Voy dans « Le Lys dans la vallée » trois ans plus tard : c’est là qu’un certain Honoré Balzac fit certaines découvertes, connut certaines pulsions, ébaucha quelque chose et s’ébaucha lui-même, en « philosophe », en « visionnaire », mais le mythe relève d’un autre système de mythification qui, s’il est individuellement narratogène, est un système collectif : social, historique et de civilisation. Georg Lukács l’a fortement dit : « la forme moderne du roman c’est la biographie », et une biographie qui commence très tôt : non plus vers quinze ans comme dans les Mémoires « nobles » (premiers duels, premières entreprises amoureuses) mais dès l’enfance, ce qui inclut, outre les premiers émois, les premières frustrations, les premiers fantasmes préscolaires, justement ce premier contact « large » avec le social qui se produit à l’École. À PARTIR D’UN CERTAIN MOMENT, TOUT HÉROS DE ROMAN A UN PASSÉ SCOLAIRE, et il a « commencé » dans un lieu scolaire, dans un « établissement » scolaire, collège, lycée (re-collège sous la Restauration lorsque les lycées, pour cause de souvenirs impériaux, changent de nom), et l’Université prolonge souvent ce premier apprentissage. Impact sur le narratif, qu’il soit fictionnel ou non, d’un nouveau réel : les jeunes vies passent désormais par une formation plus ou moins longue qui retarde leur entrée dans la vie, et, que l’on soit noble ou non, il faut y passer […].

 

 Les vignerons de la vallée du Loir

   Les vignerons de la vallée du Loir Selon Neilz, le vigneron des coteaux du Loir cultivait, outre ses arpents de vigne, « un esprit d’indépendance et de haine pour l’oppression ». Il était souvent d’un contact facile que l’on pouvait opposer à l’abord plutôt hautain du fermier beauceron. Son objectif prioritaire était de devenir propriétaire des rangs de vigne qu’il faisait fructifier et il n’épargnait ni son labeur ni ses fatigues pour y parvenir. Blondel considérait que les vignerons étaient des gens généralement sobres : ils économisaient patiemment sur l’ivrognerie de nombre de leurs contemporains.
   Le travail du vigneron était pratiquement de tous les instants, sauf au début de l’hiver. À partir de février, il fallait d’abord passer d’interminables heures, la « pinçonnée » au bout des doigts « frilons » et la serpe à la main, pour tailler les brins et canaliser le futur trajet de la sève. Au printemps entrait en action le « quéroué », petit croc à deux longues dents, pourvu d’un manche d’un demi-mètre : il servait à bêcher et le paysan devait travailler le dos complètement courbé vers le sol. En juin, il lâchait le « quéroué » pour biner la terre avec la « marre », houe à manche court, dotée d’une lame triangulaire et terminée en pointe ; cette dernière n’était sûrement pas étrangère au surnom «d’ éborgneux de crapauds » que portaient les vignerons de Ternay […].
  
La topographie (village en fond de vallée, caves creusées dans le tuffeau des versants) classait le val du Loir parmi ces régions où l’on « monte à la cave », lieu par excellence de la communication et de la convivialité : « Pendant leurs moments de loisir, les vignerons aiment à se réunir à leurs caves. On y disserte gaîment sur toutes les questions locales, sur les intérêts agricoles, sur le vin et la vigne, sur les récoltes. Il est curieux de voir quel intérêt on met à raconter des faits depuis longtemps passés, mais il est rare qu’on s’engage sur le terrain brûlant des opinions politiques ». L’ouverture d’esprit n’avait pas éradiqué, loin de là, les vieilles croyances populaires. Bien des anciens, qui avaient travaillé sur les coteaux septentrionaux, entre Villiers et Courtiras, se souvenaient en frémissant des cris désespérés de la mère Chaintrée, qui montaient de la Vallée de l’Homme-mort et des frondaisons de la forêt de Vendôme : l’âme de cette pauvre femme, noyée par une trombe en 1813, n’avait toujours pas trouvé la paix et venait tourmenter les vivants.


Prix de vente public : 25,00 € TTC