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La Petite Beauce en ce temps-là
Vivre à Coulommiers-La-Tour
Gérard MARMION

Bonne page

Les "officiers de batterie"


      
S
’il était une animation quasi permanente et humoristique dans les villages, et en particulier à Coulommiers, c’était bien celle des «officiers de batterie».

   Mais qui étaient donc ces hommes surnommés ainsi ? Il s’agissait d’ouvriers venus d’un peu partout et qui ne s’écartaient jamais bien loin de la commune. Ils faisaient, en quelque sorte, partie des meubles. Ils travaillaient le plus souvent à la machine à battre qui se déplaçait de ferme en ferme, d’où leur surnom d’officiers de batterie.

   Que de crises de fou-rire, avec ces employés qui pour la plupart n’auraient pas fait de mal à une mouche... La seule chose, qu’il faut bien reconnaître, est qu’ils avaient souvent le gosier sec. Ils aimaient se retrouver en fin de semaine - ou parfois la semaine entière, tout dépendait des finances - ... au bistrot, jusqu’à épuisement de l’argent qu’ils avaient gagné à la sueur de leur front, par tous les temps et dans la poussière que dégageait la batterie en question. Tout le monde était d’accord, et eux également, pour reconnaître que la bouteille ou plutôt son contenu était la première de leurs préoccupations. Il semble bien que cela avait pour effet d’engendrer la gaieté, mais malheureusement, quelques mauvais souvenirs étaient également ravivés.

   Sur la commune, deux ou trois entreprises spécialisées étaient indispensables pour battre les céréales produites par les nombreux agriculteurs. Sachant qu’il fallait bien une douzaine de bonshommes pour une seule batteuse, nos officiers n’avaient que l’embarras du choix pour trouver du travail. Certains restaient fidèles à leur patron pendant toute une saison. Il arrivait aussi (le plus souvent) que le bail ne dure que quelques jours, voire quelques heures : il suffisait, par exemple, pour qu’une ferme ait la réputation de «mauvaise maison», non pas que l’on maltraite ou nourrisse mal le personnel, mais de ne pas donner assez à boire ou de mettre de l’eau dans le vin. Notons que parmi ces vagabonds, il y avait quelques femmes qui accomplissaient elles aussi le dur travail des battages.

   Le lieu privilégié de rassemblement des officiers, leur quartier général, se situait au lieu-dit « les Bondes», près d’un petit bois et surtout à côté du lavoir-abreuvoir. Ce dernier était tout indiqué pour les besoin en eau : la lessive, la toilette, et la popote. Les ustensiles destinés à cet usage étaient cachés (si l’on peut dire) dans un endroit difficilement accessible, dans un coin du petit bois. Il s’agissait en réalité d’anciens seaux à moutarde et de toutes autres gamelles plus ou moins rouillées ramassées de-ci de-là.


Prix de vente public : 18,00 € TTC