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Les anges n’en dorment plus
Alain QUILLOUT

Bonne page

Le Suisse

   L’habit ne fait pas le moine, dit-on. Erreur, car à Montbel nous avions un Suisse. Un Suisse d’église. Et l’habit faisait le Suisse.

   Il portait les attributs de sa fonction avec sérieux : culotte à la française, bicorne, épée, canne à pommeau d’argent, moustaches de circonstance. Il impressionnait les nouveaux venus à la messe de onze heures. Les dames quêteuses se prêtaient de bonne grâce à son accompagnement martial dans les travées. Il troquait alors la canne pour la hallebarde, histoire de protéger la menue monnaie.

   Mieux valait en rester à cette image et éviter de suivre notre homme après l’office. Il abordait la pente vers la ville basse mais s’arrêtait au premier bistrot. Sa femme l’y attendait. Et de petit verre en petit verre, nos « Suisses » finissaient par ronfler sur la table de marbre.

   « Ça leur sert de manger. Ils ne dérangent personne et paient bien », expliquait la tenancière.

   Comme si de rien n’était, l’homme entrait à la sacristie le dimanche suivant en marquant sa bonne humeur par quelque sentence du genre :

   « Rappelez-vous, p’tits gars, que si l’union fait la force, c’est l’oignon qui fait la soupe ».

   Sur ces fortes paroles, il entreprenait sa transformation en Suisse comme la chrysalide en papillon.

   (…)

   En bord de mer, on devine le temps qu’il va faire à des signes avant-coureurs. Parodiant cette manière, le pâtissier Gigolette se taillait un franc succès lorsqu’il écoutait le malheureux retrouvant la langue de ses aïeux au cinquième verre :

   « Plus le Suisse "bretonne", plus la cuite est proche !


Prix de vente public : 12,00 € TTC