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Des mots en culottes courtes
Alain QUILLOUT

Bonne page

   Découverte de la vie d'interne

   L'organisation horaire et pyramidale coupera court aux émotions. Je découvris que la journée de l'élève débutait par celle de l'employé. C'est ainsi que le surveillant inaugura notre double vie par la distribution de tâches qui figuraient au "tableau des services". Je fus affecté au balayage d'un tronçon de couloir.Mes voisins de dortoir héritèrent, l'un de nos lavabos, l'autre de la partie d'escalier entre le premier et le second étage. Et cela sous le contrôle d'élèves de "troisième" plus ou moins compréhensifs puisque eux-mêmes avaient des comptes à rendre au surveillant qui, à son tour, craignait le passage de la main directoriale sur un placard empoussiéré...

   Tout était calculé au plus juste. Le "Chef de table" désigné pour la semaine, selon l'ordre alphabétique, ramenait de la cuisine un broc de café au lait. Dans sa grande générosité, l'"administration" fournissait également le bol et le pain. L'instant d'avant, les gamins mal réveillés s'étaient assemblés devant l'espèce de sous-sol humide où étaient rangées leurs "boîtes à provisions".

   Il faut nous avoir vu dévaler l'escalier de "la soute", pour mesurer notre envie de tartiner du pain sec! Non seulement, c'était meilleur, mais l'interne affamé ouvrant son pot de miel songerait également à la ruche et à son père vidant les "gâteaux" de cire... Ou aux confitures de poires, ses préférées, celles du poirier ombrageant doucement sa chambre... Au regard devenu fixe, on repérait l'instant où la vague d'affection et de regret submergeait un visage.

   Il en allait de même au goûter, grignoté dehors, avant l'étude "de cinq à sept".

   Figuraient encore au trousseau obligatoire ; les couverts en acier inoxydable ainsi qu'une timbale portant notre numéro. Précaution absurde puisque le matériel était ensuite mélangé. Certains élèves avaient cru bien faire en confiant leur jolie timbale de baptême sortie de l'écrin. Quelques lavages et elle réapparaissait bosselée, le métal argenté noirci, et plus imprégnée que les autres d'une odeur désagréable.

   Je compris mieux la raison des bousculades quotidiennes, presque toujours dominées par les "Troisièmes". Les premiers arrivés au réfectoire s'assuraient d'une assiette non ébréchée, d'une timbale à peu près propre. Ils pratiquaient tout naturellement le rapt du pain frais et du sucre.

   En quelques jours, mon matériel de service avait déjà fait place à une chose au poil ras n'ayant plus de balai que le nom. La pelle aussi fut subtilisée et remplacée par ce qu'il convient d'appeler une pelle à feu, étroite, à tôle épaisse. Elle avait sûrement faussé compagnie à un poêle de classe. Dans mon désarroi, j'évoquai le recours aux autorités supérieures.

   "Toi, tu la fermes!"   [...]

 

 


Prix de vente public : 15,00 € TTC