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Vivre dans le donjon au Moyen Âge
COLLECTIF

Bonne page

   Dominique BARTHELEMY, "Allocution de synthèse" [extrait]                                                                                                                                                                                         

   Le XIXe siècle se représentait souvent "le féodal" terré dans sa tour comme dans une tanière, avec sa famille et ses vassaux, menant dans l'inconfort une existence essentiellement guerrière. Il y a une mythologie de "l'homme des donjons" qui n'est pas sans rapport avec celle de "l'homme des cavernes", et qui s'articule directement avec une représentation caricaturale de la "féodalité" comme barbarie, violence privée, autarcie et société minimale. Ainsi les châteaux seraient-ils des "lieux privés", à propos desquels on a longtemps posé l'alternative entre la défense et la résidence, sans troisième terme.

   Or hier et aujourd'hui, dans nos exposés et nos débats, il a souvent été question d'autre chose : de l'aspect "psychologique" des mottes, de la valeur "symbolique" des tours, de la dimension "ostentatoire" de leur architecture. Ainsi le Moyen Âge n'était pas le règne de la force pure, ainsi on pouvait mettre quelque raffinement dans l'affirmation seigneuriale. Les historiens lecteurs de chartes et de chroniques admettent aujourd'hui que les conflits entre seigneurs étaient faits d'actions bien ciblées, et limitées : plus de guet-apens que de vraies batailles et plus de négociations et de trahisons, pour prendre les châteaux, que de sièges en règle. Le XIXe siècle a donc souvent sous-estimé la vie de relations, le rôle du droit et de la palabre. Les puissants du Moyen Âge ont usé de leurs armes pour imposer leur règne, mais ils n'ont sans doute jamais été de purs guerriers. La chevalerie, comme la possession d'un château, a toujours été le signe de la réussite sociale, mais jamais le seul, rarement le principal moyen d'y parvenir. Le destrier comme le donjon avait quelque chose d'ostentatoire.                                                                                                                                                                  

   Dans un "donjon" au sens large (tout le château) comme au sens étroit (la tour dominante), ne rivalisaient pas seulement la fonction défensive et la fonction résidentielle. Il s'agit aussi et surtout de savoir quelle place tenait toute la vie publique des seigneurs, justice et réception, et l'on a évoqué ici, à juste titre, la recherche nécessaire des lieux mêmes de la justice (notamment pour les demeures de la fin du Moyen Âge). Dès lors, quelle partie d'un château pouvait être un véritable "lieu privé" ? Qu'était du reste une vie privée, en ces temps ? Georges Duby se posait naguère la question, dans un livre auquel il m'avait associé*, et notre visite à Fréteval, tout comme la conférence de Françoise Piponnier, ont apporté beaucoup d'éléments nouveaux (...)

Lavardin

   * ARIES (P.) et DUBY (G.) ss. dir., Histoire de la vie privée, tome 2, Ed. du Seuil, 1985 (2e éd., Points-Seuil, 2000).


Prix de vente public : 23,00 € TTC