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Sur la Route des Muses et des Géants
Collectif

Sur la Route des Muses et des Géants

BALZAC     Balzac à Saché [extraits du texte de Christiane GROSBOIS-PIHOUEE]

   Il pleut à Saché. Je suis fatigué. Je suis malade. Mon coeur bat encore, je ne sais par quel miracle. Tranquille. Oui, j'ai dans la tête mes parties de whist d'hier, le menu du déjeuner de demain et d'autres adoucissements. Je l'ai dit à mes amis : je pars pour la terre de Saché pour ne pas être soumis aux mille dérangements de Paris. Pour la première fois depuis longtemps, il y a des jours où je tue le temps, alors qu'avant c'est lui qui me tuait. M. de Margonne le tue avec moi, et parfois se joignent quelques autres tueurs à notre petit groupe. Les Petits Bourgeois me mandent, mais j'ai si mal aux yeux ! Mieux vaut parfois les fermer et laisser aller ses pensées. Ce sont les images de Saché et cette chère terre tourangelle qui envahissent ma cervelle.

Saché

   [...]

   C'est un endroit magnifique. Le ciel ici n'est pas le même. Les chênes sont immenses, la nature m'aspire tout entier. Le château n'est qu'une grosse maison bourgeoise en ruine, mais on me donne une chambre ; je m'y sens chez moi. Il y a là un petit lit, dans une alcôve. Par la fenêtre, je vois le parc, un petit ruisseau. Tôt le matin, c'est le chant des oiseaux qui me réveille. Je passe mes journées à explorer les bois alentours, les prés, et quelquefois je vais jusqu'au village, qui n'est qu'à quelques pas. Il y a aussi des moulins, une grange, des écuries. Parfois, je cause avec des paysans qui coupent du bois.

   Tours n'est pas loin, quelques heures de marche à travers cette vallée magnifique est un enchantement. J'y accompagne parfois M. de Margonne pour ses affaires.

[...]                                                                                                       

   Tout le monde dort à Saché. J'entends japper quelques chiens. Je pose la plume. Puis je la reprends. Les chiens jappent encore, j'ai une pensée pour mes créanciers, eux aussi ce sont des chiens. Qu'ils jappent à Paris, ici, je suis tranquille !

   Mon Père Goriot est ma seule compagnie en cette heure sublime, où mes pensées se mêlent à ces coulées d'encre. Un café. L'alambic, scellé dans ma tête, me réclame tout ce noir. Goriot. Ce vermicellier va m'apporter la gloire. Balzac, déjà très glorieux, le sera plus encore grâce à des vermicelles et à un vieil homme dont les jambes, couvertes de varices, sont tant de chemins qui le mèneront au paradis des écrivains ! Ah ! Le parfum rance, les chaises avachies, le papier minable de la pension Vauquer vont me conduire au Panthéon !   [...]                                                                         

 


Prix de vente public : 29,00 € TTC