Vifs nous sommes... Morts nous serons COLLECTIF |
Bonne page 2 Conclusion [extrait]
L'étude des quatre-vingt-douze peintures a permis de mieux comprendre le lien supposé entre le texte et l'image. La Rencontre des trois morts et des trois vifs présente une indépendance certaine par rapport au texte, comme en témoignent les deux tiers du corpus dans lesquels aucune inscription n'a été relevée. Lorsque des textes accompagnent l'image, ils ne présentent que très rarement une relation avec la littérature. Ainsi, les liens les plus directs, tout en étant éloignés tout de même, se retrouvent dans les condensés publiés par Kerver après 1522 dans les livres d'Heures ou bien dans la Danse macabre nouvelle éditée par Guyot Marchant en 1486. Seules les inscriptions peintes à Jouhet pourraient s'inspirer de la version IV du Dit des trois morts et des trois vifs. En fait, il n'existe pas d'exacte correspondance entre les sources littéraires et les inscriptions peintes dans la Rencontre. De même, il n'y a aucune correspondance entre les peintures et les images illustrant les Heures Kerver, pas plus qu'avec d'autres gravures. L'a priori d'une étroite dépendance des peintures par rapport aux sources littéraires, voire des gravures, a été particulièrement amplifiée par plusieurs savants du XIXe siècle qui ont été jusqu'à faire recréer des inscriptions disparues, et même des images, à partir de Guyot Marchant ou de Kerver. Cette indépendance de la peinture conduit à poser la question de savoir si la Rencontre tire bien ses origines d'une source littéraire précise, et plus encore à poser celle de l'antériorité de l'image sur le texte.
La scène des Trois morts et des trois vifs est essentiellement un avertissement et non un affrontement. Les morts rappellent aux vivants le caractère inéluctable de la Mort, imprévisible dans son heure. Cet avertissement se déroule à l'instant précis de la Rencontre et dans un cadre le plus souvent indéterminé. Dans leur ensemble, les morts sont peu menaçants et les vifs ne sont pas si effrayés que l'on a bien voulu le laisser penser. Enfin, chaque parti reste cantonné dans son monde respectif. L'ensemble de ces éléments donne au final une image plutôt mesurée, qui a pu être appréciée longuement de tous. C'est ce caractère qui a permis la fortune de ce thème macabre auprès des milieux princiers aussi bien que des communautés paroissiales les plus modestes (...)
Prix de vente public : 24,00 € TTC
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