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Le pays de Racan
Le pays de Racan
Jean-Jacques LOISEL

Citations

Avant de nous quitter, Racan vous offre quelques vers, à déguster sans modération...
Et tout d'abord, trinquons en compagnie de son ami Maynard :

     Buvons, Maynard, à pleine tasse ;
     L'âge insensiblement se passe,
     Et nous mène à nos derniers jours ;
     L'on a beau faire des prières
     Les ans non plus que les rivières
     Jamais ne rebroussent leur cours.





Chacun sait que que le bon vin échauffe les sens et rend prompt à se moquer, de ce vieillard jaloux par exemple :

     Vieux corps tout épuisé de sang et de mouelle
     D'où l'âme se départ,
     Jouirez-vous toujours d'une chose si belle
     Sans nous en faire part ?

     Ces beaux yeux, hors d'espoir d'échauffer par leurs
     charmes
     Votre froide amitié, 
     Méprisant leurs attraits, ont leur recours aux larmes
     Pour vous faire pitié.

     Ainsi l'on voit l'Aurore, en sortant de sa couche,
     Soupirer et gémir,
     Quand son vieil impuissant, aussi mort qu'une souche,
     N'a rien fait que dormir.

     Notre goût suit nos ans. La vieillesse désire
     Un bon vin savoureux,
     Au lieu que la jeunesse incessamment soupire
     Les plaisirs amoureux.

     L'Amour, encore enfant, chérit cette verdure
     Et ces fleurs du printemps,
     Fuyant ces vieux rochers où l'on voit la froidure
     Demeurer en tout temps.

     Puis donc que désormais vos vieux membres de glace
     Ne lui sont qu'ennuyeux,
     Ne lui défendez point de mettre en votre place
     Quelqu'un qui fasse mieux.

     Laissez en liberté cette beauté céleste ;
     N'en soyez point jaloux :
     Quand 'en prendrai ma part, vous en aurez de reste
     Plus qu'il n'en faut pour vous.

 



La "dive bouteille" conduit aussi à la sagesse :

        Le bien de la fortune est un bien périssable ;
     Quand on bâtit sur elle on bâtit sur le sable.
     Plus on est élevé, plus on court de dangers :
     Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,
     Et la rage des vents brise plutôt le faîte
     Des maisons de nos rois que des toits des bergers.

     O bien-heureux celui qui peut de sa mémoire
     Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire
     Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs,
     Et qui, loin retiré de la foule importune,
     Vivant dans sa maison content de sa fortune,
     A selon son pouvoir mesuré ses désirs !

     Il laboure le champ que labourait son père ;
     Il ne s'informe point de ce qu'on délibère
     Dans ces graves conseils d'affaires accablés ;
     Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages,
     Et n'observe des vents les sinistres présages
     Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés.

     Roi de ses passions, il a ce qu'il désire ;
     Son fertile domaine est son petit empire ;
     Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau ;
     Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,
     Et sans porter envie à la pompe des princes,
     Se contente chez lui de les voir en tableau.




 

 

 


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