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Chronique des Cavaignac
Pierre GIVAUDON

Volume 1 "Jean-Baptiste"

Mission à Mascate

   Le 27 fructidor [14 septembre] il partit enfin pour Mascate sur la frégate Atalante, qui, profitant de la mousson favorable, arriva en rade de Mascate le 9 vendémiaire [2 octobre].

   Jean-Baptiste resta dix jours sans pouvoir débarquer. La guerre avec l’Angleterre avait repris et les Anglais avaient menacé le sultan, s’il recevait Jean-Baptiste, de lui prendre ses vaisseaux et de lui fermer leurs ports. Vasse, le drogman, joua les bons offices. Il fit la navette entre l’Atalante et le palais du sultan, mais aucun accord ne put être trouvé. Notre état de guerre avec l’Angleterre a été cause ou a servi de prétexte au sultan pour non pas refuser de m’admettre, mais présenter des difficultés, qui ont nécessité ma retraite […]. Il n’a donc pas été possible de s’y établir après dix jours de relâche sans descendre à terre. Dans une lettre à sa sœur, Vasse raconte par le menu la négociation qu’il mena, en l’absence du sultan, avec Seïd Seïf, gouverneur de Mascate et lieutenant de Seïd Sultan. Après huit jours d’attente et un faux départ le 18, on annonça enfin le retour du sultan et Vasse fut envoyé saluer sa Hautesse. Après un bref entretien, Seïd Sultan fit savoir qu’il recevrait Jean-Baptiste le soir même à quatre heures. Nous agirons comme il convient pour honorer l’envoyé de Bonaparte. Vasse revint à bord, rendit compte et nous nous préparâmes pour être reçus le soir […]. On prépara les présents : une carabine et une paire de pistolets de la manufacture de Versailles […], trois montres d’or […], une aigrette en diamants, rubis, topazes, saphirs […]. Tous ces présents devaient être portés par des matelots habillés en blanc tout à neuf […]. Nous attendîmes ensuite la chelingue royale. Hélas, Seïd Mohammed ben Kalfan, le favori du Sultan, se présenta en annonçant que le Sultan désirait que la cérémonie fût remise au lendemain et se lança dans un discours tortueux, d’où les Français conclurent, peut-être un peu trop rapidement, qu’ils craignaient les Anglais, qu’ils ne voulaient pas cependant nous avoir pour ennemis, mais que si de bon gré nous prenions le parti de nous en aller […] ce serait le plus grand plaisir que nous pourrions faire au Sultan. Jean-Baptiste se fâcha, menaça de son départ et déclara que Bonaparte connaîtrait sous peu leur manière d’agir et saurait s’en venger. Là-dessus l’envoyé du Sultan se fit tout miel, se leva et s’en alla en nous disant qu’il allait dire au Sultan que nous consentions à n’être reçus que le lendemain. Vasse reçut l’ordre d’accompagner l’envoyé du Sultan et d’aller lui dire que si le lendemain il ne nous avait pas reçus à midi, nous mettrions à la voile. Mais en route il fut rattrapé à force de rames par le second lieutenant de l’Atalante, qui lui portait un ordre contraire, l’Atalante lèverait l’ancre le soir même. Et Vasse dut s’acquitter de la délicate mission d’informer le Sultan du départ de Jean-Baptiste. Pourquoi cette brusque décision, assez peu diplomatique à vrai dire, surtout en Orient ? La raison immédiate en était que le commandant de l’Atalante craignait de se faire piéger à Mascate par les Anglais, qu’il avait des instructions pour n’y rester que quelques jours et que le délai était déjà largement dépassé. Mais de son côté Jean-Baptiste, qui faisait cette mission à contrecœur, trouvait aussi là un prétexte plausible pour faire demi-tour !

   Pochoir de J.-B. Cavaignac à Mascate


Prix de vente public : 39,00 € TTC