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Chronique des Cavaignac
Pierre GIVAUDON

Volume 2 "Juliette"

Godefroy en Cour d'assises


   Godefroy Cavaignac fut un acteur important des "Trois Glorieuses" de 1830.

   Au début de 1831 l’agitation devint endémique. Insurrection et tumulte furent alors à peu près permanents dans les rues de Paris. Le sac de Saint-Germain l’Auxerrois le 14 février en est un exemple. À cette occasion, Félix Cadet de Gassicourt, le maire de l’arrondissement, dut, pour calmer la foule, ordonner d’abattre la croix fleurdelisée, qui surmontait l’église et qui s’abattit sur l’orgue.

   Le gouvernement se décida à sévir et fit arrêter 19 personnes, dont Godefroy, Guinard et Trélat, toutes compromises en décembre 1830 lors du procès des ministres. On les accusa d’avoir voulu profiter des troubles de décembre 1830 pour tenter une émeute et une instruction fut dirigée contre eux pour complot tendant à changer la forme du gouvernement. Godefroy fut arrêté le 8 mars 1831. L’affaire vint devant la Cour d’assises le 6 avril et fit grand bruit. La presse chauffa l’opinion et le public vint nombreux et passionné. La défense fut brillante. Trois avocats républicains promis à un bel avenir politique, Michel de Bourges, Pierre Marie et Eugène Bethmont, intervinrent, mais la vedette ce fut Godefroy. Il prit la parole à l’audience du 7 avril et fit valoir qu’il y avait eu complot non pas dans l’artillerie contre le gouvernement, mais dans le gouvernement contre l’artillerie. Puis il montra que le parti républicain n’avait pas besoin de conspirer, parce que l’avenir appartenait à la République et que les partis qui ont de l’avenir peuvent avoir de la patience.
   Mon père fut un de ceux qui, dans le sein de la Convention nationale, proclamèrent la République à la face de l’Europe alors victorieuse. Il la défendit aux armées. C’est pour cela qu’il est mort dans l’exil après douze années de proscription [...]. Cette cause a donc été mon héritage ; l’étude a fortifié cette direction donnée naturellement à mes idées politiques et aujourd’hui que l’occasion s’offre enfin à moi de prononcer publiquement un mot que d’autres proscrivent, je le déclare sans affectation comme sans crainte, de cœur et de conviction, je suis républicain [...]. C’est précisément parce que l’avenir lui paraît certain que le parti républicain ne conspire pas [...]. Quant à nous, je le répète, nous pouvons attendre [...], nous ne conspirons pas, nous nous tenons prêts [...], les conjurations sont trop peu de choses et nous l’avons appris par notre propre expérience.

   Lettre de Godefroy à son frère Eugène, 2 août 1830.

   Le ministère public ayant évoqué le souvenir de 93, Godefroy plaça un couplet vengeur : La Convention a défendu le sol, elle a donné [à la France] ses limites naturelles, elle a fécondé les germes de toutes les grandes pensées politiques et, de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis trente six ans, elle seule s’en est allée parce qu’elle l’a bien voulu, triomphante et abdiquant au son du canon de vendémiaire. C’est pour cela que je suis fier d’être le fils d’un conventionnel. Et il termina : La révolution, c’est la nation tout entière moins ceux qui l’exploitent ; c’est notre patrie remplissant cette mission d’affranchissement qui lui a été confiée par la providence des peuples ; c’est toute la France qui a fait son devoir envers eux. Pour nous, messieurs, nous avons fait notre devoir envers elle et elle nous trouvera toutes les fois qu’elle aura besoin de nous : quoiqu’elle nous demande, elle l’obtiendra.

Le jugement fut rendu le 15 avril. Godefroy et ses amis furent acquittés à l’unanimité et ce verdict provoqua une véritable ovation populaire. La foule les acclama à la sortie de l’audience et détela les chevaux de leurs voitures.



Prix de vente public : 39,00 € TTC