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Chronique des Cavaignac
Pierre GIVAUDON

Volume 2 "Juliette"

Le 24 juin 1848

   La Commission exécutive entra en agonie dans la nuit du 23 au 24. On murmurait de plus en plus à l’Assemblée et en ville : un homme, un sabre, Cavaignac. Le 24 au matin la situation s’était aggravée. Dans la nuit les barricades avaient été réparées, de nouvelles avaient été érigées. La fusillade recommença dès 3 heures du matin. Mais Eugène se sentait assez fort : les troupes avaient tenu, alors qu’en février sous les ordres de Bugeaud elles s’étaient débandées et avaient livré les armes.

   À 8 heures l’Assemblée reprit séance. Sénard, le président, était d’accord avec Marrast pour porter Eugène au pouvoir. Pressenti, Eugène hésita encore, mais finit par accepter en posant une condition : il serait seul chargé du pouvoir exécutif et choisirait ses ministres. C’est Bastide, oui Jules Bastide, le marchand de bois, l’ancien carbonaro, l’ami de trente ans, le directeur du National, la bête noire de Juliette, qui proposa alors au vote de l’Assemblée le texte suivant : Paris est mis en état de siège. Tous les pouvoirs exécutifs sont délégués au général Cavaignac. On vota à mains levées. Il n’y eut que 60 opposants sur 880. À 11 heures Sénard rouvrit la séance et lut une lettre de la Commission exécutive, qui se retirait devant un vote de l’Assemblée. Pendant un instant on se crut revenu au 18 brumaire.

   Eugène fit proclamer une heure de trêve et somma les insurgés de poser les armes. Mais le combat recommença. L’insurrection avait repris le Panthéon et était à deux pas de l’Hôtel de ville. Eugène ne changea pas son plan : d’abord la laisser se développer en la contenant, puis la fixer, enfin la réduire. Elle n’avait pas de chefs et s’essoufflerait. Mais la lutte n’en fut pas moins féroce. Au nord Lamoricière passa la journée en combats sanglants devant des insurgés qui ne désarmaient pas. Le soir en entrant dans les entrepôts de la Douane il eut son troisième cheval en deux jours tué sous lui. Au centre, Duvivier, qui avait relevé Bedeau blessé, tenait les insurgés en respect et parvint vers 8 heures du soir à dégager l’Hôtel de ville. Sur la rive gauche, Damesme, après une terrible bataille et une affreuse effusion de sang, arriva à reconquérir la place Maubert et le Panthéon, mais mortellement blessé à la cuisse il fut aussitôt relevé par Bréa.
   Le 24 au soir, au prix de très lourdes pertes, l’insurrection tenait encore bon. Des deux côtés l’acharnement des combattants grandissait. Mais en fin d’après-midi les renforts commencèrent à arriver de province. Pour les insurgés la partie était maintenant perdue, ce n’était plus qu’une question de temps. Tous les récits des journées de juin s’accordent sur l’atrocité des combats et sur la rage de tous les combattants. Le samedi 24 juin le soleil se coucha à Paris sur un amas de ruines et de cadavres.
 Juin 1848, vu par un caricaturiste.


Prix de vente public : 39,00 € TTC