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Le pays de Mondoubleau
Le pays de Mondoubleau
Alain QUILLOUT

Bonne page 4

Je serai tanneur


    Ce sera en effet la profession quasi inévitable d'un grand nombre de jeunes d'ici dans la seconde moitié du XIXe s. Les vieilles fabriques liées au travail des textiles dans les vallées de la Grenne et de la Braye sont en voie d'extinction depuis la fin du Ier Empire. Celles des serges (tissus de laine légers) ont fermé ; celles de cotonnades établies au début du siècle périclitent. "Nous ne devons pas omettre une mécanique à carder et filer la laine établie depuis peu d'années sur la rivière de Graisne", précise Beauvais de Saint-Paul qui s'efforce d'afficher un peu d'optimisme. Le registre des naissances de Mondoubleau en 1823 témoigne du fait. Sur 54 actes établis, le père est déclaré ouvrier en laine dans huit cas seulement et "cotonnadier" dans trois autres. Cependant, aucun tanneur n'y figure encore. On peut donc supposer les difficultés de la classe ouvrière durant les longues années où la fabrication du cuir n'aura pas compensé les emplois perdus dans l'activité textile...


   Les trois premières tanneries vont s'établir entre 1830 et 1840. D'abord, sans doute de manière artisanale puisqu'en 1840, les déclarations ne mentionnent encore que deux tanneurs et un marchand-tanneur (Courcelle) pour deux cotonnadiers et un ouvrier en laine. Une "Géographie du Loir-et-Cher" par Adolphe Joanne, éditée en 1869, mentionne à Cormenon : "fabrique de serge et tannerie", tandis qu'à Sargé-sur-Braye cohabitent une fabrique de cotonnade et un moulin à tan. Cette situation reflète une tendance générale. Des tanneries sont créées à Vendôme au bord du Loir, à Romorantin sur la Sauldre et à Saint-Aignan sur le Cher.

   Au début, l'élevage local suffit aux besoins, mais lorsqu'on passera de trois à treize tanneries, on verra arriver les peaux d'Argentine et du Brésil. Grâce au chemin de fer construit heureusement à point nommé.

Maison de maître tanneur   

   Pourquoi un tel développement ? Durant la période 1850-1914, se fait sentir un besoin énorme de harnais afin d'équiper des chevaux en nombre croissant tant en ville qu'à la campagne (là, les bœufs ont disparu). Les brodequins remplacent de plus en plus les sabots de bois en milieu urbain, et la consommation de cuir par les armées connaît un niveau élevé. Ainsi, vont se construire, s'agrandir ou se transformer durant cinquante ans, des établissements tout le long de la Grenne sur les communes de Mondoubleau et Cormenon. Et sur la Braye à Sargé. Le nombre de postes offerts ira de pair avec le développement de ces usines. Si à Mondoubleau, la proportion ne dépassera guère le tiers des emplois, elle atteindra des sommets à Cormenon : 88% des pères déclarant une naissance en 1898 sont tanneurs !