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Le pays de Mondoubleau
Le pays de Mondoubleau
Alain QUILLOUT

Bonne page 7

Patrimoine à sauvegarder


     Le retour en grâce d'un passé

   

   Dès 1960, et durant plus d'un quart de siècle, la mécanisation de l'agriculture a littéralement projeté les Percherons sur une autre planète où tout ce qui n'était point synonyme de modernité perdait sa raison d'être. Combien de bâtiments ancestraux transformés jusqu'à les rendre méconnaissables ? Combien d'hectares de tôle fixés sur toits et pignons au lieu des tuiles, ardoises ou bardages traditionnels, afin d'installer matériel et cellules à grains dans les écuries vidées de leur cheptel ? Parallèlement, l'exode rural se poursuivait, accentuant la baisse démographique largement entamée, poussant à la concentration des terres. Ainsi se trouvaient libérés les sièges d'exploitations les moins rentables : les bordages, les fermettes jamais bien entretenues. Leur disparition semblait donc inéluctable... Or, au même moment, les citadins connaissaient une vie de plus en plus trépidante. Nombre d'entre eux cherchaient à quitter la ville en fin de semaine pour satisfaire un besoin de sommeil, une envie de marcher, de respirer. L'allongement des congés les fit chercher un loisir joignant l'utile à l'agréable : pourquoi ne pas retaper une bicoque délaissée et pas chère, non loin de Paris ? Et le Perche est assez rapidement accessible par la route ou le rail... 



   C'est cette conjonction entre une offre foncière d'un habitat rural en déshérence et une demande forte d'endroits paisibles qui a suscité l'intérêt des Parisiens pour les p'tits endrets. Les portes à battants superposés fermaient mal, le torchis laissait apparaître de vilains trous, mais pour peu qu'un clos de haie entourât encore une masure et deux poiriers, le notaire sut faire miroiter la bonne affaire. Localement, les propriétaires qui avaient d'abord souri d'acheteurs jugés naïfs profitèrent de l'aubaine, trop heureux de vendre ce qu'ils croyaient avoir à démolir. Telle a été la cause fondamentale qui empêcha le massacre d'un patrimoine voué à l'oubli.

    La sauvegarde
   


   De ce fait, la réparation des murs en torchis, la réhabilitation des cheminées d'autrefois, participèrent au développement local. Les brocantes fleurirent, les commandes s'étoffèrent dans l'artisanat. On vit des retirés œuvrer autour d'un pressoir inutilisé depuis vingt ans pour vendre le cidre au prix du vin. Ce qui n'était jamais arrivé. Les gens d'ici s'étaient débarrassés avec un certain mépris de leurs vieux meubles, de leurs outils manuels. L'engouement des "accourus" pour ce monde ancien ouvrit alors les yeux des ruraux sur leurs propres erreurs. Certains commencèrent à porter un regard neuf sur l'originalité et les richesses de leur pays. Il faut également rendre hommage à une poignée de jeunes gens du terroir, mis en alerte par leurs études et leurs réflexions qui accompagnèrent la démarche. Écologistes d'avant-garde, ils ont eu l'immense mérite de réagir en fondant une association : « Perche Nature ». Son siège est à Mondoubleau. La Maison botanique de Boursay, également créée sous l'impulsion de Dominique Mansion, en est aujourd'hui un relais efficace. Préserver les chemins creux, richesse pour la biodiversité, allait heureusement de paire avec la demande pressante des nouveaux arrivants en quête de promenades. Les bulldozers cessèrent de bousculer les talus.