Le livre, la culture, l'histoire
0 article dans le panier
Commander
   

Accueil
Présentation
Agenda
Dossiers
Publications
Souscriptions
Contact
Newsletter


La "belle Dame" de Fréteval
Apparitions de la Vierge (5 mai-15 août 1873)
Jean-jacques LOISEL

Bonne page 2

Réactions anticléricales sur place


   Des manifestations anticléricales se sont développées autour des apparitions de Fréteval. En témoignent surtout certains passages des lettres écrites par Frédéric Romanet à sa mère :
. Lettre du 5 août : Ce qui me fait croire que ces apparitions sont de Dieu, c’est qu’elles sont un objet de contradiction. Dimanche, il y avait quelques enfants qui riaient, gardaient leur casquette sur leur tête. Aujourd’hui des ouvriers sont venus : ils ont aussi plaisanté, mais je les ai priés, au nom de la liberté de conscience et du devoir de faire aux autres ce qu’ils voudraient qu’on leur fît, de se retirer ou de ne pas parler. Ils trouvent, et c’est l’opinion générale dans le pays, que cela dure trop longtemps



. Lettre du 7 août : Mardi soir [5 août], j’ai eu une preuve assez sensible de la divinité des apparitions de Fréteval. Les ouvriers de l’usine sont venus nous tracasser. Ils ont fait cercle autour de nous, à une certaine distance, riaient et plaisantaient ; on avait même dit qu’ils devaient nous jeter à l’eau. Mais je suis allé au-devant. Pour étouffer leurs sarcasmes, nous avons chanté continuellement le « Magnificat ». Heureusement ne sont-ils venus en grand nombre qu’à la fin de l’apparition. Lorsque nous nous sommes retirés, ils nous ont hués ; j’ai entendu quelques cris : À bas la calotte ! Mais je n’en ai été nullement ému. Au contraire, cette scène m’a fait plaisir. Car ces hommes ne venaient nullement de la part du bon Dieu, mais plutôt de la part du démon. Si donc le démon est avec eux, les apparitions qu’ils combattent viennent de Dieu.



   Ces manifestations ont entraîné une forte tension au sein même de l’entreprise : M. Bruère, le chef de l’usine de Fréteval, bien qu’il ne soit pas pratiquant, n’a pas voulu que ce scandale d’avant-hier restât sans répression. Il se considère comme responsable des méfaits de ses ouvriers : il a réuni ses ouvriers et leur a adressé des reproches. L’un d’eux lui ayant mal répondu à ce sujet, il l’a mis à la porte. Une partie de mon après-midi d’hier s’est passée à faire des démarches pour obtenir sa grâce, qui m’a été accordée. Celui qui avait été renvoyé n’était pas un meneur, mais une mauvaise tête qui n’a servi que d’instrument. [...]
. Lettre du 14 août : Les moqueries, les injures d’un côté, la persévérance des enfants pendant trois mois et demi bientôt, me font croire de plus en plus à la divinité de leurs visions.
. Lettre du 16 août : On ne laisse pas de nous causer quelques contrariétés. Ainsi croirais-tu qu’hier on avait caché sous les débris de chaume sur lesquels les enfants s’agenouillent, une couleuvre morte ? Nous l’avons remarqué pendant que nous faisions la prière, et j’ai jeté la couleuvre dans la mare qui s’étend devant le terrain de l’apparition, tout le long du chemin de fer.
   Après le 15 août encore, les parents refusaient de laisser leurs filles se rendre sur le terrain des apparitions par crainte d’une échauffourée de la part des communards du bourg et des environs. [...]
   Il apparaît clairement que le « noyau dur » de l’anticléricalisme était constitué à Fréteval par les ouvriers de la fonderie. Le père d’Angèle Pecquet, travaillant dans la même entreprise, se trouvait certainement dans une position inconfortable, lui qui partageait plutôt les convictions de ses compagnons de travail.
   Il est notable que ces contrariétés anticléricales sont rapportées uniquement dans les lettres de Frédéric Romanet du Caillaud. Ont-elles commencé avant son arrivée à Fréteval ? Il est impossible de répondre à la question. Toutefois, il est tout à fait admissible que la présence du jeune homme, suspect pour certains – et à juste titre – d’être un partisan convaincu d’Henri V, ait accru la tension. Enfin, dans cette première quinzaine d’août, le « mois de pèlerinages » battait son plein et un peu partout des manifestations hostiles accompagnaient le retour des pèlerins.


Prix de vente public : 26,00 € TTC