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La "belle Dame" de Fréteval
Apparitions de la Vierge (5 mai-15 août 1873)
Jean-jacques LOISEL

Bonne page 7

La loi du silence : l'Église


  Mgr Pallu du Parc
   Le souci de la hiérarchie ecclésiastique de laisser le processus de Fréteval s’essouffler et s’éteindre de lui-même suffit à réduire au silence son organe d’expression officiel (la Semaine religieuse de Blois) et les périodiques conservateurs et cléricaux de la région (notamment Le Loir). Plus surprenante est l’absence, dans les archives de l’évêché, de toute trace écrite, ne serait-ce que d’une amorce d’enquête sur ce qui s’est passé pendant des semaines près de la voie ferrée de Fréteval. Une telle démarche aurait correspondu à une attitude logique en la matière : a-t-elle été faite, puis éliminée ultérieurement, l’épisode n’ayant eu aucune suite ?... Habituellement, à cette époque, le curé qui rencontrait la moindre difficulté avec le maire de sa commune, un individu ou un groupe anticlérical, un enseignant peu docile, s’épanchait auprès du secrétaire de l’évêché, du vicaire général, voire de l’évêque lui-même : ici, pas la moindre missive de l’abbé Bruyère ou d’un de ses confrères des alentours. Pas plus que ne subsiste une trace de courrier des religieuses qui tenaient école à Fréteval vers leur supérieure, dans les archives de la congrégation de Saint-Paul de Chartres. Et pourtant les uns et les autres ont dû avoir le plus grand besoin d’avis et de conseils, devant un phénomène qui n’eut rien de confidentiel à ses débuts, suscita des réactions diverses et s’inscrivit dans la durée. [...]
   Ce lourd silence n’est pas sans ressemblance avec celui qui entoura les apparitions de Vallensanges, survenues une quinzaine d’années après celles de Fréteval : Rares sont cependant les condamnations, épiscopale à Veyziat, pénale à Saint-Palais. C’est le silence que l’Église enjoint et qui finit par l’emporter.
   Qu’en est-il donc de ces apparitions condamnées ou occultées par l’Église ? À ces voyants non reconnus ne manquent pourtant ni la foi, ni la piété mariale. Pierre Bayle s’est fait récemment l’avocat des apparitions oubliées de Vallensanges (Loire) : là, tout près de Montbrison dans le Forez, Marie apparaît vingt fois, du 19 juillet au 28 septembre 1888, dans un champ de trèfles, à Jean Bernard, 13 ans, fils d’une pauvre famille du hameau. Le message marial est de pénitence et de prière, afin de « retenir le bras de mon Fils ». Le hameau, les habitants de la commune de Lézigneux et des communes avoisinantes s’émeuvent : il y aura près de 8 000 personnes, dit-on, lors de la dernière apparition. Mais le curé se refuse à venir, l’archevêché se tait et donne, semble-t-il, des consignes de silence à la presse, qui reste muette. À peine un siècle plus tard, seules témoignent encore de l’événement quelques relations manuscrites, dictées par le voyant et conservées dans les fermes des alentours. D’où ce constat amer : « Jean-Auguste Bernard, à cause de la prolifération des apparitions mariales (vraies ou fausses) à son époque, a pu être “sacrifié” par des mesures de modération commandées en haut lieu, afin qu’il ne soit pas multiplié ou superposé des lieux de pèlerinage à l’infini »


Prix de vente public : 26,00 € TTC