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La "belle Dame" de Fréteval
Apparitions de la Vierge (5 mai-15 août 1873)
Jean-jacques LOISEL

Bonne page 8

La loi du silence : l'autorité civile


   Le plus surprenant est finalement le silence des représentants de l’État et des institutions chargées du maintien de l’ordre public, car il ne trouve pas de véritable explication « stratégique ». À cette époque, le maire était encore nommé, mais la position de Sylvain Bruère a été suffisamment analysée ci-dessus pour n’y pas revenir. Aucun échange épistolaire entre le sous-préfet de Vendôme et le préfet, voire entre ce dernier et le ministre des Cultes ; pas le moindre rapport de gendarmerie, alors que les provocations verbales d’une poignée de jeunes gens énervés dans l’église de Mont déclenchaient enquête, collecte de témoignages, courriers divers.
   Il est possible que l’administration préfectorale ait connu quelques difficultés de fonctionnement, à tout le moins une période de transition après le 24 mai et la chute de Thiers. En effet, dès les jours suivants Lorois, préfet de l’Aude, fut nommé en Loir-et-Cher pour y remplacer le démissionnaire Hendlé ; puis Giraud, sous-préfet de Limoux, fit le même trajet vers Vendôme pour occuper le poste laissé vacant par Manuel de Gramedo, également démissionnaire… Le départ de ce dernier est significatif. Ywan Manuel, comte de Gramedo avait été nommé sous-préfet de Vendôme le 5 juin 1871. Le 20 octobre 1872, Le Loir consacrait un article à son mariage : Lundi a été célébré à Paris, en l’église Saint-Vincent de Paul, le mariage de M. Ywan Manuel, comte de Gramedo, sous-préfet de Vendôme, avec Mlle Alice Renault, parente de M. Thiers et petite-nièce de Casimir Delavigne. Le journal précisait : M. Thiers a signé au contrat. Puis il développait l’impressionnante carte de visite du nouveau marié : M. Manuel de Gramedo est fils du Grand d’Espagne du même nom et de Mme la comtesse de Gramedo, née Acuna et De Witt, marquise de Bedmar. Par sa mère, M. de Gramedo descend du fameux Pensionnaire de Hollande Jean De Witt. Les liens familiaux de son épouse avec Thiers suffiraient à expliquer la démission du sous-préfet. [...]



   Il ressort de ce faisceau d’indices que les apparitions de Fréteval se sont produites dans une période très tendue politiquement. Un changement au plus haut niveau de l’État (le 24 mai) provoqua d’importants bouleversements dans la structure préfectorale, un préfet et un secrétaire général de préfecture républicains faisant place à un préfet et à un sous-préfet tenants de l’ordre moral ; dans le même temps, la municipalité républicaine de Vendôme démissionna pour ne pas coopérer avec le nouveau gouvernement. Il n’en fallait pas plus pour désorganiser, au moins temporairement, les réseaux officiels de communication. Et à l’heure où nul ne savait si, le lendemain, il faudrait crier « vive la république ! » ou « vive le roi ! », il n’était pas d’actualité de donner une publicité aux deux petites voyantes de Fréteval et à leur « belle Dame ».



Prix de vente public : 26,00 € TTC