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La "belle Dame" de Fréteval
Apparitions de la Vierge (5 mai-15 août 1873)
Jean-jacques LOISEL

Ce qu'ils en pensent



   Naturellement, c'est à Fréteval, le 10 décembre 2011, que Jean-Jacques Loisel a eu sa première rencontre avec le public à propos de son livre La "belle Dame" de Fréteval : entre 90 et 100 personnes, parfois venues de loin, l'affluence était remarquable, dans un modeste village et dans une saison peu clémente. La présentation d'un montage vidéo a permis de mettre l'ouvrage en perspective pour les personnes qui n'avaient pas encore découvert le livre et donné l'occasion d'une petite révision à celles qui l'avaient déjà lu.
   La conférence avait lieu au coeur géographique de ce mystérieux épisode de l'histoire locale, aux portes de l'ancienne fonderie et à deux pas du lieu des "apparitions". Le public a été sensible aux données locales, qui font que ce n'est pas par un pur hasard que le phénomène s'est produit à Fréteval plutôt qu'en tout autre village ; la surprise venant surtout du silence total de la mémoire villageoise sur le sujet, ce qui ne signifie pas absence : dans les lendemains de cette présentation, une personne a signalé à l'auteur que sa grand-mère racontait cet épisode en famille.
   Ce qui a le plus intrigué le public, c'est justement le paradoxe existant entre un compte-rendu très détaillé des apparitions et le mutisme qui s'est très vite instauré. L'historien, habitué à mener ses recherches à partir de documents écrits, imagés, de traditions orales, a dû s'atteler à une tâche complexe : faire parler le silence, ou plutôt les silences, chaque intervenant potentiel ayant ses propres raisons de se taire. Cette dimension de la recherche a été appréciée des lecteurs car, mobilisant et élargissant les contextes politique, religieux, international, elle permet de mieux cerner la signification d'un phénomène certes local mais qui est le reflet de son époque.




Coup de cœur à la Bibliothèque intercommunautaire du pays de Vendôme.
   "La belle Dame de Fréteval" fait partie de la sélection d'ouvrages dont la lecture est conseillée par cette bibliothèque pour le printemps 2012. Le choix est fait par les membres du personnel affectés aux différentes sections. Il s'agit donc d'avis qualifiés.



   Voici les coordonnées du site de la bibliothèque :
   http://www.bcpv.eu


 Jean-Jacques Loisel, La « belle Dame » de Fréteval. Apparitions de la Vierge, 5 mai - 15 août 1873, Éditions du Cherche-Lune, septembre 2011.
Compte rendu de Jean VASSORT

   Le 5 mai 1873, une fillette de Fréteval, Louise Colas, voit apparaître « une belle dame tenant un petit enfant ». Le même jour, Angèle Pecquet, autre fillette du même bourg, déclare elle aussi avoir vu une belle dame. C’est là le point de départ d’appa-ritions quasi quotidiennes de la Vierge et de Jésus, en général plusieurs fois par jour, jusqu’à dix fois et plus, qui vont se prolonger jusqu’au 15 août, en présence de nombreux témoins. Or l’événement, dont la presse locale ne parle pratiquement pas, a très vite été oublié, au point qu’il serait demeuré ignoré si Jean-Jacques Loisel n’était tombé au cours de recherches aux archives diocésaines de Blois sur la copie d’un « recueil des procès-verbaux faits par les enfants de l’école des sœurs » de ces apparitions. Cette copie, réalisée par un notable limousin, alors de passage à Fréteval, Frédéric Romanet du Caillaud, ainsi que les lettres que ce dernier envoie à sa mère au moment des apparitions, constituent à peu près les seules sources disponibles sur l’événement. Ce sont donc elles qui constituent le point de départ de l’enquête.
   Cette enquête, l’auteur le souligne d’emblée, n’entend pas se prononcer « sur [la] réalité du phénomène – ce qui est du ressort de l’Église – ni traiter de son éventuelle signification spirituelle, voire dogmatique – ce qui est du domaine de la théologie » : pour l’historien, les voies de la Providence demeurent bien impénétrables. En revanche, ce dernier a vocation à s’intéresser au contexte local, économique et social, religieux et politique, dans lequel surviennent les apparitions, afin de dégager sinon des explications du phénomène, du moins d’intéressantes corrélations qui le mettent en perspective. C’est dans cet esprit que l’étude a été conduite.
   Un tel ouvrage défie le résumé. On y retrouve la « méthode Loisel », qui non seulement mobilise toutes les sources disponibles, mais encore les met à la disposition du lecteur à travers de nombreuses citations, retranscrites avec soin, ainsi que de copieuses annexes. Cela donne à l’ouvrage une profondeur concrète, que renforce encore une généreuse illustration, en noir et blanc comme en couleur, et qui finit, bien au-delà du sujet propre du livre, par restituer de manière très suggestive les réalités d’une époque et d’un milieu.


Chœur de l'église de Fréteval

   Faute donc de pouvoir en reprendre ici tous les éléments, on se bornera à indiquer les points forts du livre, en insistant sur ceux qui éclairent le phénomène étudié. Ce dernier est analysé d’abord dans ses caractères propres, à travers l’analyse du rythme et des modalités des apparitions, à travers aussi la relation entre la Vierge et les fillettes « voyantes », manifestée notamment par les paroles et les gestes échangés. Élargissant le cercle, l’auteur s’intéresse ensuite aux témoins, distinguant parmi eux des sceptiques (la mère de Louise ne traite-t-elle pas sa fille de « folle » lorsqu’elle fait état de la première apparition ?), des gêneurs, des anticléricaux, tentant donc, autant que le permettent ses sources, de saisir comment l’événement est perçu à Fréteval. D’un point de vue social, Jean-Jacques Loisel souligne que les fillettes auxquelles apparaît la Vierge sont issues d’un milieu modeste (le père de l’une a été tour à tour garde-barrière, mécanicien, journalier, celui de l’autre est un ouvrier de fonderie analphabète), et qu’elles vivent dans une localité marquée par des activités industrielles : il insiste fortement sur le fait que les apparitions ne surviennent pas dans un univers rural et paysan, mais bien dans un monde citadin et industriel, si modeste en soit la taille.
   Mais c’est un triple contexte surtout qui retient son attention. Celui de la guerre de 1870-1871 d’abord, qu’on a vécu ici dans l’anxiété d’abord, puis dramatiquement et tragiquement avec ce qu’on a appelé le combat de Fréteval, douloureusement enfin, avec les réquisitions et la misère qui ont suivi la défaite. Une telle intensité de malheurs n’est pas sans conséquences religieuses : en témoignent les prophéties qui émergent alors, ou qui sont réactivées par l’événement.
   Contexte politique ensuite, en une époque dominée par les combats entre la droite monarchiste et la gauche républicaine, à un moment où leur issue est incertaine, et où l’avenir de la République instaurée en 1870 semble encore mal assuré : il n’est pas douteux que de telles oppositions trouvent un écho à Fréteval, où la présence d’un foyer industriel (et celle quelques années plus tôt d’un chantier de chemin de fer) entretient un noyau ouvrier réceptif à des idées de gauche et anticléricales.
   Contexte religieux enfin, analysé avec la même minutie, à travers une présentation du « complexe religieux de Fréteval » (des nombreux édifices religieux de la localité aux saints qui y sont vénérés), un rappel de la tradition visionnaire et miraculeuse en Loir-et-Cher, enfin l’évocation de la contre-offensive cléricale du temps de l’Ordre moral, quand se multiplient, en Vendômois et ailleurs, pèlerinages et apparitions, et que s’épanouissent le culte du Sacré-Cœur et la dévotion mariale.
   Ces différents aspects précisés, Jean-Jacques Loisel peut en venir à l’interprétation des faits, du moins à celle à laquelle l’historien peut se risquer. Ce qui revient notamment à répondre à la question : Pourquoi Fréteval ? Sur ce point, l’auteur met en rapport les apparitions avec les tensions vécues alors dans la localité, du fait de la guerre de 1870 d’abord, du fait aussi du devoir de conversion dont pouvaient se sentir investis des chrétiens convaincus face au foyer anticlérical incarné alors par la fonderie. Il souligne aussi qu’il n’y a pas autour de Fréteval de centre majeur de piété mariale comme il en existe dans d’autres zones du Vendômois, à Villethiou, à Villavard et à Villedieu. Dans cette perspective, les apparitions répondraient au besoin d’un secours accru de la Vierge face à des situations insupportables (nées des malheurs de la guerre comme de la montée de forces hostiles à la religion), et donc d’une plus grande proximité avec elle – ce qu’assurent ses apparitions, sa présence physique ne parlant alors pas seulement à la foi, mais encore aux sens
este une dernière question, celle de la quasi disparition de l’événement de la mémoire régionale, hormis quelques transmissions souterraines, et très marginales, que l’auteur évoque dans les dernières pages de l’ouvrage. Mais celle-ci semble plus facile à résoudre. Si le souvenir des apparitions s’efface aussi rapidement, c’est que personne n’avait intérêt à le cultiver. Ni les royalistes légitimistes, qui travaillent alors à la restauration du comte de Chambord, et dont le chef de file régionale, le duc de Doudeauville, ne souhaite pas affaiblir sa cause en soutenant un phénomène irrationnel difficilement contrôlable, et qui peut être discuté. Ni les républicains qui, tout à leur entreprise de conquête du pouvoir, sont attentifs à apparaître comme des gens de l’ordre et de la stabilité, et donc peu enclins à se lancer dans une dénonciation susceptible de provoquer des troubles. Les uns et les autres ne sont pas éloignés de penser alors que les apparitions sont affaires de fillettes, et qu’elles constituent un terrain sur lequel des responsables sensés ne sauraient se laisser entraîner.
   Ces quelques réflexions disent bien la richesse de l’ouvrage, par l’information qu’il réunit comme par les questions qu’il pose, et auxquelles il s’efforce de répondre. Nul doute donc qu’il constitue une pièce importante à verser au dossier plus général de l’histoire des apparitions mariales, si nombreuses dans la France du cœur du 19e siècle. 

Zouaves pontificaux, Loigny                    Général de Sonis

Compte-rendu de Bruno GUIGNARD, Mémoires de la Société des sciences et lettres de Loir-et-Cher, 2012.

   C’est une histoire singulière et totalement inconnue des historiens que Jean-Jacques Loisel a eu la bonne fortune d’exhumer dans les archives de l’évêché de Blois. En 1873, du 5 mai au 15 août, deux jeunes filles de Fréteval, Louise Colas et Angèle Pecquet voient la Vierge et l’enfant Jésus leur apparaître et leur parler quasi-quotidiennement. Le récit des apparitions a été transcrit par un jeune aristocrate limougeaud, Frédéric Romanet du Caillaud, qui séjourne à Fréteval à partir de juillet 1873 et qui est témoin direct des dernières apparitions. C’est ce récit que Frédéric Romanet a envoyé en 1889 à l’évêché de Blois où il dormait depuis plus de cent ans et sur lequel Jean-Jacques Loisel a appuyé tout son travail.
Au-delà des faits relatés par ce témoin unique, et sans remettre en cause la réalité ni l’authenticité des apparitions sur lesquelles il est difficile de se prononcer, l’auteur s’interroge sur le silence qui s’est fait autour de cet événement. Ni la presse, ni les autorités, qu’elles soient civiles ou religieuses, ni les politiques, de quelque bord qu’ils soient, ni même les habitants du voisinage, ne se sont fait l’écho de ces apparitions qui ont tout de même drainé jusqu’à 600 personnes certains jours.      
  Intrigué par ce silence, Jean-Jacques Loisel retrace l’environnement social, économique, politique et religieux dans lequel ont eu lieu ces apparitions, tant au plan local qu’au plan national, et démontre avec brio les raisons que chacun avait de taire un événement qui pouvait déranger la tranquillité publique. Dans le contexte troublé qui suit la guerre de 1870 et les combats violents qui ont eu lieu dans le Vendômois, dans une situation politique instable où la France hésite entre république et royauté et où la candidature du comte de Chambord paraît la meilleure pour beaucoup, la révélation des apparitions pouvait modifier la donne en faveur de l’un ou l’autre des partis et personne, ni les républicains anticléricaux ni les légitimistes, n’a voulu prendre ce risque. Quant à l’Église, elle ne voulut manifestement pas multiplier les pèlerinages ni risquer de discréditer les cultes déjà établis à la Salette, à Lourdes ou à Pontmain par la révélation d’autres apparitions dont l’authenticité restait difficile à établir en l’absence de message clair et choisit donc le silence le plus absolu quant à ces apparitions.
   Il semble toutefois qu’une mémoire souterraine des faits se soit transmise par la voie orale jusqu’à nos jours. La curieuse piste des « nationalistes normands » témoigne en effet de la possible existence de traditions étrangères au manuscrit de Frédéric Romanet, transmises entre les deux guerres par des prêtres et des laïques proches de l’Action française et restées vivaces, quoique de manière très sporadique, jusqu’à la fin du xxe
siècle.


        Adoration des bergers, église de Fréteval


    Compte-rendu dans la Revue d’histoire de l’Église de France, 2013.

   Jean-Jacques Loisel, La « Belle Dame » de Fréteval. Apparitions de la Vierge, 5 mai-15 août 1873, Vendôme, Éd. du Cherche-Lune, 2011. (17 x 23), 367 p.

   Dans la longue liste des lieux où la Vierge est apparue, il faudra, désormais, ajouter celui de Fréteval, village du Haut-Vendômois, sur la rive droite du Loir. Comment se fait-il que cet évènement ait pu être ignoré si longtemps, guère moins d’un siècle et demi ? L’auteur, ancien élève de l’École normale supérieure, ayant publié de nombreux articles sur l’histoire du Vendômois, nous livre la réponse « quasi miraculeuse » : au cours d’une de ses recherches aux archives diocésaines de Blois, il découvre par hasard une liasse de feuilles manuscrites, lettres écrites par un certain Frédéric Romanet du Caillaud qui relate ces apparitions, lettres annexées en fin d’ouvrage. 
   Dans un premier temps, l’auteur fait l’historique du village qui, en 1873, est le seul du canton de Morée à posséder une usine, une fonderie qui emploie cent vingt-huit ouvriers, dont la plupart sont anticléricaux (p. 99). La commune a été le théâtre d’un épisode sanglant lors de la guerre franco-prussienne, le 14 décembre 1870, véritable traumatisme pour la population locale. L’auteur présente également Frédéric Romanet du Caillaud, né à Limoges en 1847, issu d’une famille aisée (le père, avocat, dirige une papeterie, p. 39). Le jeune homme, entre un voyage en Europe et un départ pour Paris pour y effectuer des études de droit, se retrouve dans la vallée du Loir au moment des apparitions. Cette présence, selon l’auteur, reste inexplicable (p. 43). 
   Frédéric Romanet du Caillaud, témoin privilégié, a recueilli les dispositions de deux fillettes d’origine modeste : le père de l’une est garde-barrière dans les chemins de fer, l’autre est ouvrier (p. 78). La Vierge leur est apparue dans un lieu insolite, de part et d’autre d’une voie ferrée (p. 47). Deux longs chapitres sont consacrés aux apparitions, leur déroulement, le lieu, le rythme et leur durée, les échanges supposés et les messages donnés. L’assistance est également bien cernée par Jean-Jacques Loisel qui s’appuie sur les lettres de Frédéric Romanet du Caillaud. Si ces chapitres sont particulièrement bien charpentés et explicatifs, on peut s’étonner, en revanche, que l’auteur les ait fait suivre de l’étude du contexte dans lequel sont intervenues ces apparitions. Pourquoi ne pas avoir commencé l’ouvrage par ce chapitre qui aurait eu le mérite d’éviter les redites concernant la guerre de 1870 ? Les tensions politiques, fort bien décrites, le foisonnement d’apparitions (entre autres, celles de Pontmain, proche de Fréteval, ne datent que de 1871, p. 117) expliquent sans doute, à l’époque, le mutisme de l’évêché de Blois sur les apparitions et la prolongation de ce silence, même quarante ans plus tard (p. 90). On comprend alors l’oubli des lettres de Frédéric Romanet du Caillaud qu’un chercheur impénitent a découvertes par inadvertance. 
   Voilà donc un ouvrage, abondamment illustré, constituant une véritable révélation au sujet des apparitions mariales, mais qui pose plus d’interrogations que de réponses.

Jacques Bouquet




Prix de vente public : 26,00 € TTC