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Lieux ronsardiens
Jean-Jacques LOISEL

Bonne page 1

La forêt de Gâtines


   De la forêt, Ronsard goûtait le sauvage qui effarouchait tant les autres hommes :

          Les villes et les bourgs me sont si odieux

          Que je meurs si je vois quelque tracette humaine ;

          Seulet dedans les bois, pensif je me promène,

          Et rien ne m’est plaisant que les sauvages lieux.

   Il confiait à « sa » forêt ses amertumes, ses illusions perdues et ses passions déçues :

          Sainte Gastine, ô douce secrétaire

          De mes ennuis, qui réponds en ton bois.

   Alors, les pensées négatives laissaient place à l’inspiration poétique :

          Toi qui sous l’abri de tes bois,

          Ravi d’esprit m’amuses ;

          Toi, qui fais qu’à toutes les fois

          Me répondent les Muses.

Couleurs d'autome
   
   Dans un aveu de foi et hommage à la comtesse de Vendôme (1397) André Rossart était qualifié sergent-fieffé de la forêt de Gâtine, garde forestier. À ce titre, il y faisait des rondes, dressant procès-verbal à ceux qui coupaient du bois ou menaient leurs animaux domestiques. Il avait le droit de ramasser du bois mort et de chasser des petits animaux, lièvres, renards, blaireaux, etc. La traque du gros gibier était réservée au comte, le sergent fieffé ne pouvant récupérer qu'une beste
morte, blessée ou entamée. Dans certains « carreaux » de la forêt, il pouvait mettre vingt-cinq porcs et faire paître ses bêtes à cornes. La plus haute fenêtre de la Possonnière rappelle cette mission de surveillance :
L’œil du maître voit loin

            Chênes et hêtres, la forêt de Ronsard

   Le Moyen Âge avait déjà bien attaqué la forêt. Le XVIe siècle vit la reprise des défrichements, au désespoir de Ronsard. Mais sa voix se perdait dans ce qui allait devenir désert, où le mutisme remplacerait le silence :

          Tout deviendra muet, Écho sera sans voix,

          Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois,

          Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue,

          Tu perdras ton silence

   On a pu dire que Ronsard était un précurseur lointain de l’écologie. Raccourci qui prend son sens ici : sensible au charme des campagnes, heureux de contempler les travaux paysans, il était conscient que la forêt devait garder sa part, pas seulement comme une réserve de gibier pour le chasseur impénitent qu’il était, mais comme l’indispensable Écho : sans la forêt, l’espace rural est muet… Pire que le silence ! Pour Ronsard, équilibre signifiait dialogue : dialogue entre l’espace naturel sauvage (la forêt) et espace naturel maîtrisé (le terroir) ; dialogue entre l’homme et la nature sous ses diverses formes.
   Qui a parlé de la poésie vieillotte de Ronsard ? N’aurait-elle pas une place de choix parmi les appels lancés de nos jours pour sauver la forêt amazonienne et les générations à venir de l’asphyxie ?





Prix de vente public : 10,00 € TTC