Le livre, la culture, l'histoire
0 article dans le panier
Commander
   

Accueil
Présentation
Agenda
Dossiers
Publications
Souscriptions
Contact
Newsletter


Lieux ronsardiens
Jean-Jacques LOISEL

Bonne page 3

 

La fontaine Saint-Germain

 
    La Fontaine d’Hélène
   Un petit chemin franchit le ruisseau de la Cendrine et donne accès à la fontaine Saint-Germain, lieu d’anciennes dévotions paysannes. Pour le repos et le bonheur des passants d’hier et d’aujourd’hui, Ronsard l’a consacrée à l’amour d’Hélène :

   Afin que ton honneur coule parmi la plaine

Autant qu’il monte au Ciel engravé dans un pin,

Invoquant tous les Dieux et répandant du vin,

Je consacre à ton nom cette belle fontaine.

   Pasteurs, que vos troupeaux frisés de blanche laine

Ne paissent à ces bords : y fleurisse le thym,

Et tant de belles fleurs qui s’ouvrent au matin,

Et soit dite à jamais la Fontaine d’Hélène.
[...]


    Le Père saint Germain…
   Un autre sonnet consacré à cette fontaine révèle que Ronsard connaissait intimement les croyances paysannes de la contrée :

   Il ne suffit de boire en l’eau que j’ai sacrée

À cette belle Hélène, afin d’être amoureux :

Il faut aussi dormir dedans un antre ombreux,

Qui a joignant sa rive en un mont son entrée.

 

   Il faut d’un pied dispos danser dessus la prée

Et tourner par neuf fois autour d’un saule creux ;

Il faut passer la planche, il faut faire des vœux

Au Père Saint Germain qui garde la contrée.



    Le « limes spirituel »
   Le dernier vers, surtout, retient l’attention : pendant des générations et jusqu’au début du XXe siècle, saint Germain fut invoqué pour guérir diarrhées et coliques enfantines ; mais ici, on lui demandait de garder la contrée. Dans la mentalité paysanne traditionnelle, la campagne se divisait en deux mondes antagonistes :

   • L’un, le terroir, était positif ; espace maîtrisé collectivement par les paysans, il était porteur des récoltes et des troupeaux, source de vie.

   • À lui s’opposait l’univers mystérieux de la forêt, peuplé de dangers réels et imaginaires, où coexistaient pêle-mêle hors-la-loi, sorciers, fées et enchanteurs, loups et dragons ; bref, un vaste royaume sous l’empire de Satan.

   Il importait de préserver le premier des maléfices du second. D’où un maillage spirituel de chaque paroisse partant de l’église et diffusant vers la périphérie par des relais de chapelles, oratoires et croix. La lisière, ou plutôt la frontière de la forêt, était jalonnée par un cordon de lieux sanctifiés destinés à renforcer cette protection. La fontaine d’Hélène était du nombre, au contact de Gâtines, et saint Germain y montait la garde. Une semblable fonction était dévolue à saint Blaise, dans sa petite église de Montrouveau, à une demi-lieue de Croixval.


Prix de vente public : 10,00 € TTC