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Gervais Launay. Journal d'un Vendômois
(août 1870 - décembre 1871)
Gervais LAUNAY

Châteaudun, le désastre qui fait peur




 Mercredi 19 octobre 1870

   Levé à 6h ½. Temps pluvieux et froid. Sorti à 7h ½. Chirurgien des francs-tireurs de Nantes de retour de Châteaudun nous apprend que cette ville, qui avait voulu se défendre en se barricadant a été bombardée et incendiée. Les détails manquent sur le nombre des victimes.

   Quatre francs-tireurs de Vendôme sont revenus sans avoir tiré un coup de fusil. C’est ce qu’on devait attendre d’une troupe composée comme nous avons eu occasion de le dire déjà.

   Consternation dans toute la ville que l’on considère comme ne pouvant pas être défendue en raison de sa position, dominée qu’elle est par deux coteaux d’où elle pourrait être facilement détruite. Groupes nombreux dans les rues émettant tous des avis différents et nulle part trace d’une autorité civile ou militaire imprimant une direction quelconque aux défenseurs du pays.

   Une preuve entre mille que nous ne sommes pas seuls victimes de cette désorganisation c’est que lundi dernier sachant que l’ennemi était dans les environs de Châteaudun on a fait partir de Cloyes 3 600 mobiles de la Sarthe qui auraient pu servir à la défense de la ville pour les ramener par Vendôme et Oucques à Blois.

   De deux choses l’une, ou cette troupe a dû partir pour concourir à la défense d’un point plus important menacé et dans ce cas il aurait dû être interdit à Châteaudun de se barricader et de se défendre contre un ennemi nombreux pourvu d’artillerie et de mitrailleuses. Ou bien il faut avouer que chaque localité est livrée à elle-même sans direction et à la merci de quelques fanfarons de bravoure qui s’inquiètent peu des épouvantables désastres qu’ils peuvent attirer sur une ville exposée sans défense suffisante aux attaques d’un ennemi toujours très supérieur en forces.

   On annonce que le maire est parti pour Blois à l’effet de savoir de l’autorité militaire quel sort nous est réservé et savoir si oui ou non il y a lieu de se défendre.

   À 10h au lycée et à 11h renvoi des élèves chez leurs parents d’après un avis reçu de l’inspecteur d’académie de Blois. À midi groupes persistants sur la place et dans les rues.

   Visite de Paulin avec lequel nous nous installons à travailler dans mon atelier. Départ de Mr Beaussier1 substitut sur une locomotive allant chercher des nouvelles à Cloyes.

   À 4h sur la place Saint-Martin où est affichée une dépêche annonçant le désastre de Châteaudun. Rencontre de Mr B… qui nous donne des détails assez circonstanciés sur le gouvernement installé à Tours et sur l’arrivée de Gambetta. On parle aussi d’un ballon qui serait tombé dans les environs de Vendôme et à la recherche duquel seraient parties plusieurs personnes de la ville2.

   On annonce pour le soir 7h l’arrivée de deux ou trois mille hommes d’infanterie et de cavalerie. Attente jusqu’à 9h et contre ordre. La troupe serait restée à La Chapelle-Vendômoise pour arriver demain matin. Pluie abondante pendant toute la soirée. Rentré à 9h ½. Locomotive rentrée sans rien apprendre.

1 Il pourrait s’agir d’un descendant d’Étienne Beaussier, de Mondoubleau, condisciple de Bazac au collège dont il fut un des plus brillants élèves. La famille Beaussier a fourni un certain nombre de médecins ou chirurgiens, mais aussi des magistrats.

2 Selon des informations aimablement communiquées par M. Pierre Plouseau, s’il ne s’agit pas d’une simple rumeur, il serait possible que ce ballon soit le « George Sand » se rendant à Chartres.





Prix de vente public : 27,00 € TTC