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Gervais Launay. Journal d'un Vendômois
(août 1870 - décembre 1871)
Gervais LAUNAY

La Commune de Paris clouée au pilori

Lundi 20 mars 1871

   Baromètre à 755. Thermomètre à -1°. Vent au N-E.

   Dès le matin on apprend par les journaux que Paris est en pleine insurrection, que les révoltés de Montmartre se sont emparés de l’hôtel de ville, de la préfecture de police et que la troupe envoyée contre eux a levé la crosse en l’air et a fraternisé avec l’émeute. Des barricades ont été construites et la garde nationale n’a pas eu le courage, comme en 1848, de s’opposer à cette incroyable levée de boucliers que rien ne peut expliquer.

   Paris, en ce moment, est dans un état de prostration indéfinissable. Le rappel bat dans tous les quartiers et pas un garde national n’y répond. Nous sommes las, disent-ils, d’entendre depuis six mois le tambour et le canon, nous n’avons plus confiance maintenant dans les hommes qui sont au pouvoir et nous ne voulons pas nous déranger pour les défendre.

Mais vous les avez pourtant acclamés au 4 septembre et plus tard, lorsque, au 31 octobre, les mêmes gens que vous laissez triompher aujourd’hui avaient tenté une insurrection.

Oui, c’est vrai, alors nous avions encore confiance en eux ; depuis nous avons acquis la preuve que J. Favre, Trochu, Vinoy, Picard, etc., étaient des traitres et qu’ils se disposaient à faire un coup d’état.

On attribue aussi cette révolte non combattue aux intrigues bonapartistes qui auraient semé l’argent à profusion. Quelle idée peut-on avoir de gens qui ont tout fait pour renverser le gouvernement impérial et qui par leur conduite se prêteraient à son rétablissement.

Non, les émeutiers d’aujourd’hui sont les émeutiers de toutes les époques. Ils ne sont ni républicains, ni bonapartistes, ni légitimistes, ni orléanistes. Ils sont émeutiers, c’est-à-dire gens de sac et de corde, voulant vivres aux dépens de la société sans travailler et prêts à renouveler tous les excès des plus mauvais jours de 93.

   Les honnêtes gens avaient pourtant la naïveté de croire que dans un siècle éclairé comme celui où nous sommes, le retour vers ce passé d’exécrable mémoire était impossible. Ils n’avaient pas médité ces paroles de Rivarol :

   « Il n’est point de Siècle de lumière pour la populace ; elle n’est ni française, ni anglaise, ni espagnole. La populace est toujours et en tous pays la même, toujours cannibale, toujours antropophage [sic] et quand elle se venge, elle punit des crimes qui ne sont pas toujours avérés par des crimes qui sont toujours certains. »

   Paroles d’une justesse profonde et désespérante, applicables aussi bien à nos jours qu’à l’époque où parlait Rivarol. Ne venons-nous pas de voir en effet la populace de Paris fusiller deux généraux désarmés et en bourgeois et dont l’un d’eux surtout ne devait pas être suspect à leurs yeux sous le rapport de ses opinions qui ont toujours été républicaines.

Mort des généraux Lecomte et Clément Thomas
  
   Arrivée d’un régiment de marche de chasseurs composé de soldats de toutes armes.

   À 1h réunion à la mairie pour la vérification des notes des fournisseurs.

   À 4h ½ au chemin de fer ; train nombreux renfermant un assez grand nombre de voyageurs fuyant encore une fois Paris. Ils nous confirment les nouvelles de la veille, à savoir que les rues ont presque toutes leurs barricades, que le calme est très grand vu que personne ne songe à opposer de la résistance à l’insurrection, qui peut ainsi triompher sans peine.

   Voilà donc cette ville vantant sans cesse son héroïsme pendant le siège et qui n’a pas le courage de se défendre contre quelques misérables qui veulent encore lui imposer un gouvernement nouveau.

   À 7h aux Quatre-Huys.






Prix de vente public : 27,00 € TTC