Le livre, la culture, l'histoire
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Villerable
Un village se penche sur son passé
Gérard MARMION

Bonne page 4

   La vigne, une culture fragile.
   Les informations que livrent les archives montrent que la vie ne fut pas toujours facile pour les habitants de Villerable dans la première moitié du XIXe siècle. Le registre des délibérations municipales garde la mémoire du commencement des vendanges à partir de 1811, ajoutant des indications sur le produit et les prix. C’était lannée de la comette, sans doute un bon signe puisque les vignerons, au travail dès le 16 septembre, ont produit un « excellent vin » et en grande quantité : trois pièces au quartier (par la suite, de 1812 à 1815, le rendement ne fut que de deux, voire une pièce au quartier). Comme la vendange était abondante, son prix de vente dans l’année fut bas (36 francs la pièce) ; mais sa qualité, supérieure à celle des années suivantes, fit monter la cote à 150 francs en 1813. En 1812, 1813 et 1814, le ban de vendange fut fixé entre le 9 et le 12 octobre.


               Caves de Chanteloup

   1815 fut un autre millésime remarquable, lannée que les Prussiens sont venus à Villerable. Ceux-ci sont arrivés dans le village le 14 juillet et y ont séjourné jusqu’au 12 octobre. Ils eurent le temps d’assister aux vendanges qui commencèrent le 1er octobre ; sans doute firent-ils connaissance avec la bernâche et quittèrent-ils la rive de la Brisse à regret, car le vin était bon cette année-là : on le vendit jusqu’à 240 francs la pièce en 1817 et trente sous la bouteille. Le 17 juillet, le maire de Villerable, le citoyen Moreau, avait signé un bon ainsi rédigé : Réquisition de deux poinçons de vin rouge que la commune de Villerable fournit et livre au magasin à Vendôme pour la subsistance des troupes prussiennes cantonnées à Vendôme par le maire de Villerable. Et le responsable du magasin avait écrit : Reçu 456 litres de vin rouge. Fort heureusement, la belle vendange de 1815 n’était pas encore faite et les Prussiens eurent droit à la piquette de l’année précédente. Ce qui ne les empêcha pas de revenir goûter les vins du Vendômois cinquante-cinq ans plus tard…
   L’année suivante, on n’alla pas jusqu’à regretter les occupants étrangers, mais tout de même… La vendange n’a commencé que le 4 novembre ; pourtant, le printemps s’était montré sous un jour encourageant et jusqu’en mai, on pouvait rêver d’une récolte considérable. Las, les pluies commencèrent le 1er juillet pour ne cesser que le 1er novembre. Résultat : pratiquement pas de vin et en plus de très mauvaise qualité car le raisin na pas mury. [...]

                            Bâton de saint Vincent                                Phylloxéra

    Le plus grand fléau du XIXe siècle pour la vigne – mais non le seul – fut le phylloxéra. Ce minuscule puceron jaune citron arriva en France, comme immigré clandestin, soigneusement dissimulé dans un lot de plants de vigne américains, au début des années 1860. Il ne fallut pas longtemps pour décerner à ce redoutable prédateur un nom scientifique qui lui allait comme un gant : « phylloxera vastatrix ». En Vendômois, sa présence ne fut reconnue officiellement qu’en 1877, alors qu’il sévissait déjà depuis une dizaine d’années. Le 22 mars 1886, un arrêté préfectoral déclara atteints les trois arrondissements du Loir-et-Cher, autorisant la création de syndicats de défense et l’introduction de cépages américains. C’est assurément dans la droite ligne de ce texte que, le 4 novembre 1888, le conseil municipal de Villerable fut invité à se prononcer sur la création d’un champ d’expérience pour la culture des vignes américaines. Une superficie de cinq ares était demandée et Roussineau-Trihoreau accepta de louer un terrain pour huit ans, à raison d’un loyer annuel de cinq francs. Par la suite, la récolte fut vendue aux enchères et on en trouve de temps à autre la trace (par exemple, pour 13 francs en 1893 ; 33 francs en 1896), sans commentaires particuliers sur les enseignements de l’« expérience ». [...]



Prix de vente public : 25,00 € TTC