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Le donjon résidentiel de Lavardin
vers l’an 1400
Jean-Claude YVARD (†)

Bonne page

   Le domicilium (fin du XIe siècle)

   Ce fut un "logis-salle" construit en pierre maçonnée de chaux, dans le dernier tiers du XIe siècle, sur la crête d'un éperon naturel et sous la protection de la "motte" encore surmontée de son fort en bois. De cette première bâtisse (à trois niveaux peu élevés ?), subsistent la salle basse dans son plan actuel (14, 10 m x 6, 90 m) et une baie étroite à caractère de meurtrière. Des murs, épais de 2, 15 m à 2, 30 m, conservent les traces d'un moyen appareil intermédiaire (assises hautes de 12 à 15 cm) et allongé (jusqu'à 50 cm), tous parements liés par un mortier de chaux à éclats de silex brunifiés... Ces "logis-salles" ou domicilia (d'après la Geste des seigneurs d'Amboise) ne furent pas rares dans les grandes seigneuries du XIe siècle. Le château de Vendôme eut le sien dont les vestiges subsistent dans le "Fort de la Capitainerie" [G. Denizot, 1962]. Mais bien des édifices contemporains ont dispar (à Amboise, à Angers, à Blois).

   En archéologie médiévale, il conviendrait de limiter l'emploi du terme domicilium aux seuls "logis-salles" construits dans une enceinte castrale, dans le cours du XIe siècle et sous la protection d'une "motte". A Lavardin, la motte primitive existe encore, surhaussant, face au plateau, un éperon de confluence à 200 m à l'ouest de l'actuel donjon [R. Verdier et H. Véron, 1978] : monticule de terres accumulées, apte à supporter un "fort" en pans de bois et de torchis (voir les figurations sur la Broderie de Bayeux ; fin du XIe siècle). Ces tours furent, à l'évidence, rondes et présentèrent une certaine organisation verticale : un rez-de-chaussée de magasins surmonté d'un étage résidentiel. Quelques décennies plus tard, dans les grandes seigneuries, le domicilium de pierres maçonnées reproduira le même étagement des fonctions : des magasins en niveaux inférieurs, sous une "grande salle". Ainsi, à Lavardin comme à Langeais - heureusement conservé -, le plan même du "logis-salle" commandera la forme quadrangulaire du donjon roman, dit plantagenêt ou normand [M. Deyres, 1992].