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Antoine Yvon-Villarceau
Un savant dans l'ombre des étoiles
Pierre MORALI

L'aventure égyptienne

   Pourquoi ce voyage en Égypte ? Ce pays, à la jonction Occident-Orient, où devait se trouver la Mère, était la nouvelle terre d’élection des saint-simoniens. Ceux-ci, désireux de créer une nouvelle civilisation, se mirent à la recherche du complément indispensable pour le Père : un autre être suprême, de sexe féminin, dont l'union serait seule capable d’établir définitivement l'égalité de l'homme et de la femme.
  
                               Le Sphinx [dessin de Patrice Goré]


   Comment son voyage se passa t-il ? Antoine dut se rendre d’une chapelle saint-simonienne à l’autre, car les « églises » s’étaient développées dans les principales villes de France. Une grande communauté se trouvait à Lyon, passage vers le sud. Gérard de Nerval − qui n’était pas saint-simonien − est lui aussi parti vers 1850 pour l’Égypte, en passant non loin de Lyon. À cette époque, les voyages se faisaient dans des voitures à chevaux appelées les « Laffitte » ou les « Châlonnaises » de conception plus ancienne. L’atmosphère y était plutôt bon enfant : C’est une voiture fort gaie : elle chante et fume tout le long de la route ; mais elle porte déjà deux couches superposées de voyageurs. La gaîté était bien nécessaire dans ces voyages longs, fatigants ; et bien souvent il fallait patienter de longues heures, voire une journée pour attendre la correspondance. […]

                              

   Le travail des apôtres pour réunir l’Orient à l’Occident prenait forme. Le « Grand Œuvre » allait-il se réaliser ? Dans son ouvrage, Louis Figuier présente un historique et les enjeux qui entourent la construction du canal entre Méditerranée et mer Rouge :

   […] Un canal avait été creusé entre la mer Rouge et le Nil, et le reste de la communication avec la mer s'établissait par l'embouchure de ce grand fleuve dans la Méditerranée. Entrepris par Nécos, fils de Psamméticus, 630 ans avant l'ère chrétienne, ce canal fut achevé par Darius, fils d'Hystaspe, après que les Perses se furent emparés de l'Égypte. Les Ptolémées l'entretinrent et l'améliorèrent. Les empereurs romains, et surtout Adrien, y firent exécuter des travaux et des accroissements considérables. Napoléon dès son arrivée en Égypte, chargea une commission d'ingénieurs de rechercher s'il serait possible de rétablir l'ancienne voie de navigation intérieure qui avait existé dans ce pays. La question fut résolue dans le sens affirmatif. Après avoir discuté séparément le projet de M. Talabot et celui de M. Barrault, pour l'exécution du canal indirect, il nous reste à faire ressortir les inconvénients généraux qui sont communs à ces deux systèmes, et à montrer combien il est préférable d'une manière générale d'adopter un tracé direct coupant l'isthme de Suez du nord au sud, presque en ligne droite de préférence toute espèce de tracé indirect qui traverserait l'Égypte pour aboutir d'Alexandrie à Suez.


                                 Inauguration du canal de Suez

   Les Saint-simoniens avaient commencé leurs travaux selon les plans de P. Talabot et d’É. Barrault, mais le sort les empêcha de mener à bien leur entreprise. Suzanne Voilquin, qui avait embarqué à Marseille avec les compagnons de Barrault, en fait une description très romantique et teintée d’une certaine mélancolie, compte tenu de la situation :

Le plus beau point de vue se trouve au sommet du delta, là où le fleuve se bifurque en deux banches, l’une allant à Rosette, et l’autre à Damiette. Cet endroit, appelé en arabe Bathr-el-Bakara, le Ventre de la vache, est une vaste étendue. Il est remarquable par la grande quantité de barques et de canges, dont quelques-unes ressemblent par leur dimensions à des goélettes et même à de petits bâtiments marchands qui se croisent en tous sens et vont aboutir aux différentes bouches du Nil.

Lorsque nous vîmes ce panorama, il était alors animé par plusieurs milliers de fellahs rassemblés sur la rive pour exécuter les travaux du barrage du fleuve. Déjà des tentes, des cabanes s’élevaient et promettaient, avant peu, d’enrichir la moyenne Égypte de plusieurs beaux villages. Lorsque la peste, remontant le cours du Nil pour aller prendre position au Caire, atteignit en passant quelques travailleurs, ce qui ne permit plus de laisser réunie sur un point une telle quantité d’hommes ; l’ordre fut donné à l’ingénieur en chef de renvoyer ces Arabes dans leurs villages respectifs. […]

 


Prix de vente public : 24,00 € TTC